
La-chronique.fr – 23 Octobre 2026
Dans la douceur des lumières et l’atmosphère feutrée du 6MIC, Dominique Fils-Aimé a offert, vendredi 16 octobre, un concert dont on ressort encore sous le charme. La chanteuse québécoise d’origine haïtienne, venue présenter son dernier album « My World Is the Sun », a entraîné le public dans son univers musical, entre jazz, blues et soul, accompagnée de quatre excellents musiciens.
La soirée débute avec « Ma Mélodie », un titre chargé d’émotion qui fait entendre la voix de sa mère, Claudette Thomas, enregistrée dans les années 1970. Dominique Fils-Aimé raconte avoir découvert cette vieille cassette familiale alors qu’elle travaillait sur son nouvel album. Elle ignorait jusqu’alors les talents de chanteuse et de guitariste de sa mère. Une découverte bouleversante, devenue le point de départ d’un dialogue musical entre les générations. Dès les premières notes, le charme opère. Sa voix, d’une douceur enveloppante, révèle aussi une puissance impressionnante. Elle joue des nuances, laisse les mélodies respirer et suscite des frissons d’émotion, portée par une sincérité et une générosité qui donnent toute sa force à son interprétation. Dominique Fils-Aimé se livre tout entière, avec cette bonté et cette énergie qu’elle semble vouloir transmettre à chacun. Elle se déplace peu sur scène, accompagnant simplement son chant de gestes délicats, notamment du bout des doigts, comme pour en suivre les moindres inflexions.
Autour d’elle, Étienne Miousse à la guitare, Danny Trudeau à la basse, Harvey Bien-Aimée à la batterie et aux percussions, et David Osei Afrifa aux claviers et synthétiseurs contribuent pleinement à la richesse musicale du concert. Leurs solos sont autant d’occasions d’apprécier leur talent et la qualité des arrangements. La guitare et la basse s’expriment avec liberté, la batterie apporte son énergie et sa précision, tandis que les claviers enrichissent les morceaux de sonorités variées. Le plaisir vient aussi de cette manière qu’ont la voix et les instruments de se répondre, comme s’ils engageaient une conversation. Les phrases musicales circulent de l’un à l’autre, se prolongent et se transforment au fil des morceaux. Cette complicité entre les artistes donne au concert une spontanéité particulièrement réjouissante.
Les éclairages tamisés accompagnent les mélodies et enveloppent la scène d’une atmosphère féérique. La musique semble alors suspendre le temps, laissant place à des instants d’une grande intensité. Entre les chansons, Dominique Fils-Aimé prend le temps d’échanger avec le public. Elle évoque le monde actuel, les divisions qui le traversent et l’importance de préserver les liens entre les êtres. Ses messages invitent à réfléchir autant qu’à espérer, avec cette conviction que la musique peut contribuer, à sa manière, à rapprocher les individus.
Quelques heures auparavant, lors d’un entretien accordé à La Chronique, elle confiait combien il lui semblait précieux de réunir dans une même salle des personnes aux parcours et aux opinions différents, toutes traversées par les mêmes émotions. Une rencontre qu’elle considère comme une forme de révolution et cette vision généreuse de la musique traverse également « My World Is the Sun », sorti en février 2026, où se mêlent transmission familiale, quête de liberté et aspiration à un monde plus apaisé. Sur scène, elle prend une dimension particulière grâce à l’énergie collective et à la proximité avec le public.
Au terme de cette soirée, c’est autant la beauté de la voix de Dominique Fils-Aimé que la qualité de ses musiciens et la sincérité de son engagement qui restent en mémoire. Un concert somptueux, profondément humain, où la musique a su toucher au plus intime.
Béatrice Stopin.
Lien vers l’interview de Dominique Fils-Aimé
Crédit photo : © Vladim Vilain
REPÈRES DU SPECTACLE
Artiste : Dominique Fils-Aimé
Origine : Montréal, Québec (Canada)
Univers musical : Jazz, soul, blues
Concert : Vendredi 16 octobre 2026, au 6MIC, Aix-en-Provence
Dernier album : My World Is the Sun, paru le 20 février 2026 chez Ensoul Records
Titre évoqué : « Ma Mélodie »




