Visuel officiel du festival actoral 26 à Marseille, du 23 septembre au 10 octobre 2026

Actoral 26 : à Marseille, la rentrée préfère brouiller les frontières

Visuel officiel du festival actoral 26 à Marseille, du 23 septembre au 10 octobre 2026

La-chronique.fr – 02 Septembre 2026

Du 23 septembre au 10 octobre 2026, actoral revient à Marseille pour une vingt-sixième édition qui, une nouvelle fois, ne semble guère disposée à respecter les frontières entre les disciplines, puisque théâtre, danse, performance, littérature, arts visuels, musique et cinéma vont circuler pendant près de trois semaines d’un lieu à l’autre, avec plus de deux cents artistes français et internationaux réunis autour de cette idée qui demeure au cœur du festival depuis sa naissance : les écritures contemporaines ne se limitent pas aux mots couchés sur une page, elles peuvent aussi surgir d’un corps, d’une image, d’une voix, d’un espace ou d’un dispositif qui déplace notre manière de regarder. 

À Marseille, actoral s’est ainsi installé au fil des années comme l’un des rendez-vous les plus singuliers de la rentrée, moins soucieux d’aligner les spectacles attendus que de provoquer des rencontres entre des artistes dont les pratiques n’auraient pas nécessairement dû se croiser, et cette édition 2026, dirigée artistiquement par Hubert Colas, poursuit clairement cette logique en mêlant créations, premières françaises, formes performatives, lectures et spectacles déjà repérés ailleurs mais dont le déplacement à Marseille permet une nouvelle circulation.

Parmi les premiers noms annoncés figurent notamment Stéphanie Aflalo, Harald Beharie, Alberto Cortés, Rodrigo García, Melissa Guex et Katerina Andreou, Smaïle Kanouté, Sophie Perez, Marion Siéfert, Adèle Haenel et Carole Gery, Vimala Pons ou encore Philippe Quesne, ce qui suffit déjà à dessiner une édition où l’on retrouve aussi bien des artistes confirmés que des démarches plus difficiles à classer, précisément celles qu’actoral aime depuis longtemps accompagner. 

Vimala Pons, entre chute et déséquilibre

À LaMAM – La Maison des Arts de Marseille, Vimala Pons présentera Honda Romance les 25 et 26 septembre, dans une création de 1 h 15 où dix interprètes transforment le déséquilibre physique et émotionnel en matière scénique, à travers trois séquences intitulées Atlas, Pandore et Philoctète. La pièce circule entre danse, stand-up et comédie musicale, en s’appuyant notamment sur la musique et sur une scénographie où le corps semble constamment confronté à ce qui le déplace, le perturbe ou le fait tomber. 

Ce goût de l’instabilité correspond assez bien à l’esprit d’actoral, qui préfère depuis toujours les œuvres en train de chercher leur forme à celles qui arrivent avec leur mode d’emploi déjà soigneusement rédigé.

Bunker , d’Avignon à Marseille

Pour La Chronique, l’un des rendez-vous les plus intéressants sera la reprise de Bunker, écrit par Matthieu Bareyre et Marion Siéfert et mis en scène par cette dernière, les 3 et 4 octobre à la Friche la Belle de Mai. Les deux représentations sont annoncées complètes.  Le spectacle, que nous avions découvert à Avignon, imagine un patron d’un groupe pétrochimique réfugié avec sa fille dans un bunker de luxe, à l’intérieur duquel le langage, la technologie et les rapports de pouvoir se déforment progressivement. Sa présence à Marseille permet aussi de rappeler qu’un festival n’est jamais seulement l’endroit où une œuvre apparaît pour la première fois : il est également celui où elle circule, se confronte à un autre public et poursuit une histoire commencée ailleurs.

Ce passage d’Avignon à Marseille est d’autant plus intéressant qu’actoral construit précisément sa programmation sur ces circulations, plutôt que sur l’illusion d’une création surgissant de nulle part.

Philippe Quesne, l’art de déplacer doucement le réel

Les 7 et 8 octobre, au ZEF, Philippe Quesne présentera Le Paradoxe de John avec le Vivarium Studio, une nouvelle pièce dans laquelle une petite communauté se retrouve autour de l’aménagement d’une galerie d’art, dans cet univers immédiatement reconnaissable où la poésie, l’absurde et une légère mélancolie finissent par faire dérailler le quotidien sans jamais avoir besoin de le fracasser. 

La présence de Laura Vazquez accompagne ce temps fort avec une lecture-performance de Premier millimètre le 8 octobre, tandis que le 7 octobre Victor Malzac et Rubin Steiner proposent Le monstre mur. Là encore, actoral ne sépare pas nettement la littérature de la scène, mais organise des passages d’un langage à l’autre, comme si une œuvre pouvait se prolonger dans celle qui la précède ou la suit. 

Un festival qui traverse Marseille

Cette circulation concerne aussi les lieux. Actoral ne possède plus depuis la fermeture de Montévidéo son centre historique de la rue Breteuil, mais continue de construire le festival à travers un réseau de partenaires et de scènes marseillaises, parmi lesquelles La Criée, Le ZEF, la Friche la Belle de Mai, le Ballet national de Marseille, le Mucem et de nombreux lieux consacrés au spectacle vivant, aux arts visuels, au cinéma ou à la littérature. 

La fermeture définitive de Montévidéo au début de 2024, après une longue procédure judiciaire opposant l’association au propriétaire du bâtiment, aurait pu fragiliser durablement le festival tant ce lieu, créé plus de vingt ans auparavant par Hubert Colas et Jean-Marc Montera, en constituait le cœur artistique. Actoral a pourtant continué, notamment depuis La Cômerie, avant d’acquérir en novembre 2025 un théâtre de 350 m² au 45 rue d’Aubagne, ancien Daki Ling, dont l’ouverture est annoncée pour l’automne 2026. 

Cette nouvelle implantation donne forcément à actoral 26 une dimension particulière : derrière les spectacles et les artistes, le festival s’apprête également à retrouver un lieu qui lui appartienne et à reconstruire ce qui faisait la singularité de Montévidéo, non pas simplement une salle où l’on programme, mais un espace où les artistes peuvent travailler, se rencontrer et laisser les œuvres évoluer avant de rencontrer le public.

Faire confiance aux formes

C’est probablement là que se trouve encore aujourd’hui l’intérêt principal d’actoral. Dans un paysage culturel où les spectacles sont souvent présentés d’abord par leur sujet, parfois au point que la forme qui les porte devient presque secondaire, le festival continue de considérer que la recherche, l’incertitude et le déplacement des disciplines ont leur valeur propre.

Pendant près de trois semaines, Marseille redeviendra ainsi ce territoire où un spectacle peut devenir lecture, où une performance peut rejoindre la danse, où un texte peut se transformer en matière scénique et où le spectateur accepte parfois de ne pas savoir immédiatement ce qu’il est venu voir.

C’est sans doute aussi pour cela qu’actoral demeure, vingt-six éditions après sa naissance, l’un des endroits où la rentrée culturelle marseillaise conserve encore une part d’inattendu.

Pierre Salles

Photo : Festival Actoral

REPÈRES DU FESTIVAL
Festival
: actoral 26 – Festival international des arts et des écritures contemporaines
Édition : 26e
Dates : 23 septembre – 10 octobre 2026
Ville principale : Marseille
Direction artistique : Hubert Colas
Création du festival : 2001
Disciplines : théâtre, danse, performance, littérature, arts visuels, musique, cinéma
Artistes : plus de 200 artistes français et internationaux annoncés pendant trois semaines
Temps forts cités : Honda Romance de Vimala Pons ; Bunker de Matthieu Bareyre et Marion Siéfert ; Le Paradoxe de John de Philippe Quesne
Nouveau lieu : théâtre acquis par actoral au 45 rue d’Aubagne, ouverture annoncée à l’automne 2026
Billetterie : ouverte