
La-chronique.fr – 14 Septembre 2026
À Aix-en-Provence, l’automne culturel ne se contente pas de refermer doucement la saison des festivals. Il remet la ville en mouvement. Après un premier volet au printemps, la Biennale d’Aix 2026 a ouvert le 12 septembre sa seconde séquence, qui se poursuivra jusqu’au 14 novembre. Deux mois durant lesquels spectacles, danse, cirque, musique, cinéma et arts visuels vont circuler entre institutions culturelles, monuments, places et espaces plus inattendus.
Pour sa troisième édition, la Biennale poursuit une idée qui lui donne progressivement son identité : ne pas seulement rassembler des œuvres, mais les faire dialoguer avec la ville et ceux qui l’habitent. Cette année, le voyage regarde particulièrement vers l’Italie, pays invité d’une programmation qui traverse les disciplines sans chercher à les enfermer. L’ouverture est passée, mais l’essentiel reste à venir. Nous avons choisi quelques rendez-vous qui donnent envie de retourner à Aix cet automne.
Christian Ubl et Gilles Clément : danser avec le vivant
Parmi les premiers rendez-vous, Vagabondages & Conversations intrigue immédiatement par la rencontre qu’il provoque. D’un côté, le chorégraphe et danseur Christian Ubl ; de l’autre, Gilles Clément, jardinier, paysagiste et écrivain dont la pensée a profondément renouvelé notre manière de regarder le paysage et le vivant.
Les 19 et 20 septembre, leur proposition se déploie d’abord au 3 bis f, puis à la Bastide du Jas de Bouffan. Danse et parole s’y rencontrent dans un projet où deux pratiques éloignées en apparence trouvent dans le mouvement un territoire commun.
Une rencontre qui semble faite pour cette Biennale, prompte à faire circuler les disciplines autant que les spectateurs.
Le cirque s’échappe lui aussi de ses murs
Le 19 septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, le CIAM imagine Le cirque de fontaine en fontaine.
Le titre dit presque tout du projet : plutôt que d’attendre le public sous un chapiteau, le cirque investit Aix au fil d’un parcours passant par la place d’Albertas, le Pavillon de Vendôme et la Bastide du Jas de Bouffan.
Là encore, la ville cesse d’être simplement le décor de la manifestation. Elle devient une partie du spectacle.
L’Italie comme ligne de fuite
Pays invité de cette troisième édition, l’Italie ne sert heureusement pas de simple prétexte thématique. La Biennale lui consacre plusieurs rendez-vous qui permettent de traverser aussi bien son cinéma que sa création contemporaine.
Jusqu’au 27 septembre, Voyages en Italie, proposé par l’Institut de l’Image, revisite une histoire cinématographique immense : Fellini, Rossellini, De Sica, Antonioni, Pasolini, Scola ou Ferreri y côtoient des cinéastes contemporains comme Nanni Moretti et Alice Rohrwacher.
Le 26 septembre, Dal Mercato alla piazza prendra une direction plus festive : du marché du matin à la fête nocturne, musique, gastronomie et convivialité accompagneront habitants et visiteurs à travers le centre historique.
Puis, le 3 octobre, le Pavillon Noir et l’avenue Mozart accueilleront Regards vers l’Italie, une journée dédiée à la danse contemporaine italienne et à l’effervescence chorégraphique transalpine.
Danio Manfredini, du cinéma clandestin à Jean Genet
Il faudra surtout retenir les 15 et 16 octobre.
Le Théâtre du Bois de l’Aune accueille Danio Manfredini avec Cinema Cielo, spectacle devenu emblématique de l’auteur, acteur et metteur en scène italien.
L’œuvre mêle l’histoire d’une ancienne salle de cinéma pornographique milanaise aujourd’hui disparue au roman Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet.
Dans une Biennale qui revendique le dialogue avec la création italienne contemporaine, ce rendez-vous pourrait bien être l’un des plus singuliers de l’automne.
Jeanne Vicerial et Chiara Camoni : les œuvres rencontrent les lieux
Les arts visuels occupent également une place importante.
Avec Incarnation, visible jusqu’au 4 octobre, Jeanne Vicerial déploie sa carte blanche entre le Musée du Pavillon de Vendôme et des Tapisseries, la chapelle de la Visitation et le Musée Granet.
À la chapelle des Andrettes, l’artiste italienne Chiara Camoni présente jusqu’au 7 novembre La passeggiata (d’après). Pensée en relation avec la montagne Sainte-Victoire, l’œuvre puise dans les ressources du territoire. Terre, cendres et végétaux nourrissent un travail traversé par la transmission, la mémoire des gestes et le rapport au vivant.
Au Domaine Saint-Joseph – Atelier François Aubrun, Jean Messagier, l’été continué prolonge jusqu’au 15 novembre le dialogue entre peinture, atelier et paysage de Sainte-Victoire.
CHRONIQUES : lorsque la nuit devient numérique
Les 30 et 31 octobre, la Biennale d’Aix en croisera une autre : CHRONIQUES, Biennale des imaginaires numériques.
De 19 h à 23 h, huit œuvres composeront un parcours nocturne dans différents lieux d’Aix : installations lumineuses, mappings architecturaux et performances vidéo investiront l’espace public. Le précédent rendez-vous avait réuni 45 000 visiteurs en 2024.
Parmi les propositions annoncées, A Salty Protest #2 prend la forme d’un spectacle immersif à la croisée de l’installation audiovisuelle et de la performance. Ailleurs, la façade de l’église de la Madeleine deviendra matière mouvante avec le mapping Tracé, tandis que les terrasses du Grand Théâtre de Provence accueilleront True / False, installation lumineuse de Romain Tardy jouant avec notre perception du vrai et du faux. La technologie n’est plus seulement montrée : elle transforme momentanément notre manière de regarder la ville.
Une biennale faite pour revenir
Avec une programmation aussi abondante, le risque serait de vouloir tout voir et de transformer la Biennale en catalogue. Ce serait probablement manquer ce qu’elle a de plus intéressant. La Biennale d’Aix semble plutôt inviter à revenir. Un week-end pour une performance, un autre pour une exposition, puis pour un spectacle ou simplement parce qu’une place connue depuis longtemps ne ressemble soudain plus tout à fait à la même place. Entre Christian Ubl et Gilles Clément, Danio Manfredini, Jeanne Vicerial, Chiara Camoni, la danse italienne et les nuits numériques de CHRONIQUES, les raisons ne manquent pas. L’automne vient à peine de commencer.
Pierre Salles
Article réalisé à partir de la programmation officielle de la Biennale d’Aix 2026.
REPÈRES
Manifestation : Biennale d’art et de culture d’Aix-en-Provence 2026
Édition : 3e édition
Deuxième partie : du 12 septembre au 14 novembre 2026
Première partie : du 11 avril au 14 juin 2026
Pays invité : Italie
Disciplines : théâtre, danse, cirque, musique, cinéma, arts visuels, performances et arts numériques
À suivre : Christian Ubl & Gilles Clément, Jeanne Vicerial, Chiara Camoni, Danio Manfredini, danse contemporaine italienne et CHRONIQUES
Lieux : différents lieux culturels, patrimoniaux et espaces publics d’Aix-en-Provence
Informations : programmation complète sur le site officiel de la Biennale d’Aix




