Festival constellations de Toulon

Constellations 2026 : à Toulon, la danse préfère prendre l’air

Festival constellations de Toulon

Du 16 au 20 septembre, Constellations revient à Toulon et Hyères pour une seizième édition qui aura cette année un parfum particulier. Kubilai Khan Investigations fête ses trente ans et continue de défendre une idée assez simple : pour rencontrer la danse contemporaine, encore faut-il parfois la sortir des théâtres. Places, jardins, plage, café, lavoir ou Tour Royale deviennent ainsi les scènes d’un festival qui refuse depuis longtemps de rester enfermé. 

À Toulon, la rentrée culturelle ne se fera pas seulement dans les salles. Du 16 au 20 septembre 2026, Constellations revient pour une seizième édition qui regarde autant vers la ville que vers la scène. Danse, musique, performances et formes hybrides vont circuler entre Toulon et Hyères, du cinéma Le Royal au Liberté, d’une place au Lavoir, jusqu’à la Tour Royale et au bord de la Méditerranée. Cette édition possède une saveur particulière : Kubilai Khan Investigations fête ses trente ans. Trente années pendant lesquelles la compagnie toulonnaise n’a cessé de déplacer les frontières, entre danse et musique, création et territoire, scène et espace public. Constellations en est sans doute l’une des expressions les plus évidentes. Ici, il s’agit moins d’aligner des spectacles que de provoquer des rencontres. Avec les artistes, bien sûr, mais aussi avec une ville que l’on croyait connaître et qu’un corps, une musique ou quelques mètres carrés transformés en plateau suffisent parfois à rendre étrangère.

Une constellation plutôt qu’un festival enfermé dans ses murs

Le principe demeure simple : faire circuler les œuvres et les spectateurs et cette année encore, Constellations refuse de se laisser enfermer dans un théâtre. Toulon et Hyères deviennent les deux pôles d’un parcours où un cinéma peut accueillir le premier rendez-vous, un lavoir devenir scène sociale, une place recevoir danseurs et musiciens et le rivage offrir son horizon à une performance. Ce déplacement permanent n’est pas un simple habillage. Il raconte une certaine conception du spectacle vivant : une œuvre ne prend pas tout à fait le même sens lorsqu’elle surgit au milieu d’un espace traversé quotidiennement plutôt que derrière les portes d’une salle ainsi le festival revendique ainsi une relation directe au territoire et à ceux qui l’habitent. Une manière de rappeler que la danse contemporaine n’est pas condamnée à parler uniquement à ceux qui en connaissent déjà les codes.

Cinq jours entre Toulon et Hyères

Le 16 septembre à Toulon, le festival s’ouvrira au cinéma Le Royal avec SLM, chroniques d’une jeunesse lointaine, avant de poursuivre la soirée au Metaxu avec l’univers sonore de Cassandra Felgueiras puis Extra terrestre, trio où dessin, danse et musique se rencontrent. Le lendemain, Constellations gagnera Hyères. Paper Ritual fera dialoguer danse et musique place de l’Oratoire, tandis que What I was doing when I was doing what I was doing investira le Lavoir. La soirée se poursuivra avec L-matière, puis avec la techno jouée intégralement en direct de Green Galion.

Dès ces deux premières journées se dessine ce qui fait l’intérêt de la manifestation : aucune volonté d’uniformiser les formes. La danse peut côtoyer le documentaire, la musique électronique, le dessin ou la performance et trouver dans chaque lieu un nouveau point d’appui.

Au Liberté, l’intime rencontre le numérique

Le 18 septembre, retour à Toulon avec deux propositions accueillies au Liberté, scène nationale. Avec Run Baby Run, la question de la transmission entre générations traverse un trio familial. Les corps deviennent les dépositaires d’une histoire qui ne passe pas nécessairement par les mots : ce que l’on reçoit, ce que l’on conserve, ce que l’on transforme à son tour. Plus tard dans la soirée, Vivarium déplace encore le regard. Le spectacle de Bérengère Fournier et Samuel Faccioli fait entrer le corps dans un environnement où l’organique rencontre le numérique, avec Adrien Mondot à la conception numérique. Un solo, des images et un espace qui se métamorphose : le plateau devient moins un décor qu’un milieu dans lequel le corps tente de trouver sa place. Ces deux spectacles constituent aussi une exception dans le fonctionnement très ouvert de Constellations : ils sont gratuits mais nécessitent une réservation.

La Tour Royale comme terrain de jeu

C’est probablement autour de la Tour Royale, les 19 et 20 septembre, que l’esprit du festival trouvera son expression la plus libre. Samedi, Mercedes Dance revendiquera quelque chose d’aussi élémentaire que précieux : le plaisir de danser. Avec Mirlitons, le rapport entre corps et rythme prendra une autre direction, dans une confrontation entre danse et human beatbox. Puis arrivera PAPATEF, alias Cyril Atef. Batteur, percussionniste et homme-orchestre, Cyril Atef construit seul des architectures sonores capables de passer du rythme à la transe. Dans un festival qui aime brouiller les frontières entre concert et performance, sa présence semble presque naturelle.

Le lendemain, le paysage maritime entrera pleinement dans le jeu. T’as pensé au parasol ? est imaginé pour le bord de mer : une mini-odyssée où la plage cesse momentanément d’être seulement un lieu de baignade pour devenir espace de représentation. Plus tard, SACRE reviendra en solo sur l’une des œuvres les plus inépuisables de l’histoire de la danse et de la musique, Le Sacre du printemps de Stravinsky. Enfin, Transat Sonore : suite & fin provisoire refermera ces cinq journées par un concert qui choisit lui aussi de se débarrasser autant que possible de la scène et de ses conventions.

Trente ans à déplacer les lignes

Derrière cette seizième édition se dessine une histoire plus longue. Kubilai Khan Investigations célèbre en 2026 trente années de création. Trois décennies passées à confronter la danse à d’autres disciplines, d’autres espaces et d’autres territoires. Constellations constitue cette année le cœur de cet anniversaire. Ce n’est donc pas seulement une nouvelle édition qui se joue à Toulon et Hyères, mais un moment particulier dans le parcours d’une compagnie profondément attachée à son territoire tout en ayant toujours cherché ailleurs de quoi nourrir son langage. Cette fidélité n’a rien d’un repli mais consiste au contraire à considérer Toulon comme un point de départ.

Il y a quelque chose de réjouissant dans cette manière de ne pas demander systématiquement au spectateur de franchir une porte pour rencontrer une œuvre. Constellations préfère installer la danse là où la vie est déjà présente. Sur une place, dans un lavoir, au cinéma, dans un théâtre ou face à la mer, les propositions changent de contexte et, avec lui, notre manière de les regarder.

Tout ne produira évidemment pas la même rencontre. C’est aussi le jeu d’une programmation qui préfère prendre le risque de la diversité plutôt que celui de l’uniformité. Et tandis que septembre prolonge encore un peu l’été sur les rives méditerranéennes, la Tour Royale semble être un endroit plutôt séduisant pour vérifier si la danse contemporaine respire mieux lorsqu’on lui laisse un peu d’air.

Constellations 2026 : les rendez-vous à ne pas manquer

Pour qui voudrait construire son parcours sans tenter de tout voir, quelques rendez-vous se détachent.

Le 18 septembre, Run Baby Run et surtout Vivarium permettront de retrouver au Liberté des formes pensées pour le plateau. L’association entre danse et création numérique de Vivarium, avec Adrien Mondot, en fait l’une des curiosités de cette édition.

Le 19 septembre, la soirée de la Tour Royale offre probablement l’un des parcours les plus représentatifs de l’esprit Constellations : Mercedes Dance, Mirlitons, puis PAPATEF/Cyril Atef, avec cette progression de la danse vers le rythme et la transe.

Enfin, le 20 septembre, le déplacement vers le bord de mer pour T’as pensé au parasol ?, puis SACRE et la clôture avec Transat Sonore : suite & fin provisoire composent une dernière journée qui résume assez bien le projet : déplacer la scène plutôt que demander au monde de s’arrêter autour d’elle.

Et l’un des principes les plus précieux du festival demeure inchangé : du 16 au 20 septembre, toutes les propositions sont gratuites. Run Baby Run et Vivarium nécessitent une réservation ; certains ateliers et rendez-vous spécifiques sont également proposés sur inscription ou réservation.

Pierre Salles

Article rédigé d’après le programme et les informations communiquées par le Festival Constellations et Kubilai Khan Investigations.

REPÈRES
Festival : Constellations – 16e édition
Dates : du 16 au 20 septembre 2026
Territoire : Toulon et Hyères
Direction artistique : Kubilai Khan Investigations
Anniversaire : 30 ans de Kubilai Khan Investigations
Disciplines : danse, musique, performances et formes hybrides
Principaux lieux : cinéma Le Royal, Metaxu, Le Liberté – scène nationale, Tour Royale à Toulon ; différents espaces à Hyères dont le Lavoir et la place de l’Oratoire
Artistes et propositions à suivre : SLM, chroniques d’une jeunesse lointaine, Cassandra Felgueiras, Extra terrestre, Paper Ritual, Run Baby Run, Vivarium, Mercedes Dance, Mirlitons, PAPATEF/Cyril Atef, T’as pensé au parasol ?, SACRE, Transat Sonore : suite & fin provisoire
Tarifs : propositions gratuites du 16 au 20 septembre ; réservation nécessaire pour Run Baby Run et Vivarium, ainsi que pour certains ateliers ou rendez-vous spécifiques
Informations et réservations : site officiel de Constellations / Kubilai Khan Investigations