
Nîmes Métropole Jazz Festival 2026 : vingt ans et toujours le goût de l’aventure
Vingt ans déjà et, plutôt que de regarder dans le rétroviseur, le Nîmes Métropole Jazz Festival préfère continuer à avancer. Du 11 septembre au 17 octobre 2026, cette édition anniversaire fait revenir quelques visages familiers tout en laissant largement les portes ouvertes aux musiques qui déplacent les frontières du jazz. De Nik West à Kenny Garrett, de Lakecia Benjamin à Paolo Fresu, Omar Sosa et Trilok Gurtu, la fête promet d’être généreuse.
Il y a des anniversaires qui sentent un peu trop la compilation, les souvenirs ressortis des cartons et l’autocélébration. Pour ses vingt ans, le Nîmes Métropole Jazz Festival aurait facilement pu tomber dans ce travers. Il choisit heureusement une autre voie : regarder ce qui a construit son histoire, faire revenir quelques-uns de ceux qui l’ont accompagnée, mais continuer à considérer le jazz pour ce qu’il est lorsqu’il demeure vivant : une musique qui bouge, se mélange, s’échappe et refuse de rester tranquillement dans la case qu’on lui a préparée.
Créé en 2006, le festival a aussi cette particularité de ne pas concentrer toute sa programmation dans une seule salle ou même dans la seule ville de Nîmes. Il circule dans l’agglomération, investissant au fil des semaines châteaux, salles des fêtes, équipements culturels et lieux plus inattendus. Cette itinérance est devenue l’une de ses signatures. Pour cette vingtième édition, elle demeure au cœur du projet.
Trois soirées pour lancer la fête
Avant le véritable début du festival, prévu le 29 septembre, trois soirées en plein air feront office de prologue les 11, 12 et 13 septembre. Et le démarrage ne devrait pas manquer d’énergie.
Le 11 septembre, Nik West prendra possession des Jardins de la Fontaine pour une soirée gratuite, debout, qui s’annonce résolument funk. Bassiste spectaculaire, musicienne dont l’instrument ne se contente jamais de rester sagement au fond du mix, l’Américaine possède exactement ce qu’il faut pour ouvrir un festival : du groove, une présence scénique démesurée et cette capacité à faire oublier très vite les frontières entre jazz, funk et musique populaire.
Le lendemain, changement complet d’atmosphère au Château de Nages à Caissargues. Roberto Fonseca et Vincent Ségal feront dialoguer piano et violoncelle, précédés de Franck Nicolas. Puis, le 13 septembre au Château de Campuget à Manduel, Jî Drû et Sandra Nkaké, accompagnés de Justine Blue, refermeront ce premier week-end. Trois soirées et déjà trois manières très différentes d’aborder le jazz.
Des retrouvailles, mais pas seulement
La suite de la programmation prend véritablement son envol à partir du 29 septembre avec la finale du Tremplin Jazz 70 / Nîmes Métropole / Occitanie. Puis viennent les soirées qui constituent le cœur de cette édition anniversaire.
Le 2 octobre, Thomas Enhco poursuit ce jeu de va-et-vient entre jazz et musique classique qu’il affectionne. Mais c’est peut-être le lendemain qu’apparaît l’une des propositions les plus intrigantes du programme : Paolo Fresu, Omar Sosa et Trilok Gurtu réunis à Marguerittes.
Sur le papier, l’association est presque idéale. La trompette lumineuse et volontiers méditerranéenne de Fresu, le piano voyageur du Cubain Omar Sosa et l’extraordinaire science rythmique de Trilok Gurtu n’ont aucune raison de produire une musique raisonnable. C’est précisément ce que l’on attend du jazz : non pas trois solistes alignés sur une affiche, mais trois univers suffisamment forts pour accepter de se confronter.
Quelques jours plus tard, le 8 octobre, Lakecia Benjamin devrait elle aussi rappeler que le jazz contemporain américain possède encore une sacrée vitalité. Saxophone en avant, énergie presque physique, héritage assumé mais jamais révérencieux : sa présence est l’un des rendez-vous que l’on cochera volontiers dans cette programmation.
Le lendemain, China Moses apportera à Garons cette voix qui connaît aussi bien le jazz que la soul et le blues, avant que Kyle Eastwood ne rejoigne La Calmette le 10 octobre avec son quintet.
Jusqu’à Kenny Garrett
Le festival ne se contente pourtant pas d’empiler quelques noms familiers des amateurs de jazz. Abd Al Malik, El Comité, Las Panteras, Jowee Omicil ou encore Trio Zéphyr participent à cette volonté de faire circuler les esthétiques et les générations. La programmation officielle revendique d’ailleurs aussi bien le funk que les influences afro-caribéennes ou les formes les plus contemporaines du jazz.
Et pour refermer cette vingtième édition, le choix de Kenny Garrett a quelque chose d’évident.
Le saxophoniste américain sera à Milhaud le 17 octobre pour une soirée placée sous les figures de Miles Davis et John Coltrane. Garrett connaît évidemment cette histoire de l’intérieur : il a lui-même joué plusieurs années auprès de Miles Davis. Mais ce serait une erreur de venir seulement chercher le parfum d’une époque disparue. À plus de soixante ans, il reste un musicien d’une puissance et d’une intensité impressionnantes, qui n’a jamais transformé son passé en musée.
Voilà sans doute une belle manière de terminer un festival qui fête ses vingt ans.
Le jazz au-delà des concerts
Car le Nîmes Métropole Jazz Festival ne s’arrête pas à sa programmation principale. Son Off, coordonné notamment avec l’association Jazz 70, étend encore considérablement le terrain de jeu : concerts, conférences, cinéma, radio, tremplin régional, stages et propositions autour du swing accompagnent le festival.
On y trouve notamment une semaine de concerts au Riff Jazz Club, une rencontre entre jazz et cinéma au Sémaphore, la finale du Tremplin Jazz 70 ou encore une conférence consacrée à Miles Davis. Jazz 70, partenaire du festival depuis sa création, fête pour sa part cinquante-cinq années consacrées à la diffusion du jazz et de la musique vivante sur le territoire.
Cette vingtième édition raconte finalement assez bien ce qu’est devenu le Nîmes Métropole Jazz Festival : un festival qui a grandi sans chercher à devenir énorme, qui préfère circuler sur son territoire plutôt que tout ramener vers un lieu unique et qui continue à défendre une définition suffisamment large du jazz pour que la surprise reste possible.
Nik West pour commencer, Kenny Garrett pour terminer et, entre les deux, quelques détours par Cuba, la Méditerranée, le funk, la soul, les Caraïbes ou la musique classique.
À vingt ans, il serait dommage de commencer à devenir raisonnable.
Pierre Salles
Article rédigé d’après le dossier de presse et les informations communiquées par Nîmes Métropole et le Nîmes Métropole Jazz Festival
photo Nik West ©DR




