Raoul Fernandez

Rencontre avec Raoul Fernandez : « Un acteur est mille personnes à la fois »

Raoul Fernandez

La-chronique.fr – 06 Octobre 2026

Entrevista en español

Costumier, comédien, chanteur, Raoul Fernandez a construit un parcours qui semble avoir toujours refusé les frontières. Né au Salvador, formé au théâtre à Paris, passé par les ateliers de couture de l’Opéra national de Paris, il s’est nourri de rencontres et d’expériences auprès de Jerzy Grotowski, Anatoli Vassiliev, Dario Fo ou encore du Ballet national de Cuba. Au fil des années, il a travaillé avec Jean-Pierre Vincent, Stanislas Nordey, Marcial Di Fonzo Bo, Jean-François Sivadier, Jorge Lavelli ou Wajdi Mouawad, tout en menant une carrière de costumier et en apparaissant également au cinéma. Son parcours professionnel à l’Opéra de Paris confirme cette double vie d’acteur et de costumier, commencée alors qu’il poursuivait encore ses études de théâtre. 

Les langues participent elles aussi de cette circulation permanente : Raoul Fernandez en parle six : français, espagnol, anglais, italien, portugais et allemand, qu’il apprend actuellement. À cela s’ajoute un travail de transmission, par le théâtre comme par la couture, qu’il poursuit notamment auprès de publics qui n’ont pas toujours accès à la scène.

Nous l’avions rencontré à travers Portrait de Raoul, texte de Philippe Minyana mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo, lors de son passage au Festival d’Avignon. Seul en scène, Raoul y déroule une vie où l’exil, la couture, les rencontres et le théâtre finissent par composer un récit qui ne ressemble à aucun autre. Le spectacle est aujourd’hui le premier volet d’un diptyque prolongé par Il s’en va – Portrait de Raoul (suite). 

De l’Anjou à l’Amérique centrale

L’histoire continue de voyager. Portrait de Raoul retrouve la scène les 7, 8 et 9 octobre 2026 à Angers, au Théâtre du Champ de Bataille, dans le cadre de la programmation hors les murs du Quai CDN.  Quelques jours plus tard, Raoul Fernandez prendra la direction de l’Amérique centrale pour une tournée qui le conduira notamment au Guatemala, au Honduras et au Salvador.

Cette fois, le voyage possède forcément une saveur particulière. Raoul est né au Salvador et revient avec un spectacle qui raconte précisément une partie de cette enfance, son départ et la vie qui s’est construite ensuite en France. Portrait de Raoul a été préparé en français et en espagnol et sera joué alternativement dans les deux langues, au gré d’un parcours organisé avec les ambassades de France, les Alliances françaises et les lycées français. Passer d’une langue à l’autre ne sera donc pas seulement une affaire de traduction : pour l’acteur, ce sera une autre manière de remettre sa propre histoire en mouvement.

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À quelques jours de ce nouveau départ, nous avons retrouvé Raoul Fernandez pour parler de ce spectacle qui l’accompagne depuis plusieurs années, de Philippe Minyana et Marcial Di Fonzo Bo, du costume, de ses racines, d’Avignon et de cette étrange expérience qui consiste à devenir soi-même un personnage de théâtre.

La Chronique : Lorsque nous avions vu Portrait de Raoul à Avignon en 2022, ce qui frappait était cette manière de raconter votre propre vie tout en la transformant en théâtre. Après toutes ces années et toutes ces représentations, avez-vous encore le sentiment de raconter votre histoire, ou le « Raoul » du spectacle a-t-il fini par prendre une existence différente de la vôtre ?

Raoul Fernandez : Depuis le début, ce spectacle est un défi : comment me raconter moi-même en étant un acteur avec « le cœur chaud mais la tête froide » ? L’une des difficultés a été de garder une fraîcheur en racontant des détails sur ma vie, mon passé, ma vision du monde, que Philippe Minyana a su traduire dans sa sublime écriture. Mon existence s’est enrichie depuis, mais la base et la structure sont restées les mêmes grâce à la mise en scène de Marcial qui, dès le début, a su m’aider à construire un chemin cohérent et me protéger des « dérapages » ou des pièges. Cela m’a permis d’être moi-même, mais en représentation.

La Chronique : Philippe Minyana a écrit Portrait de Raoul à partir de votre vie et de votre parole. Comment avez-vous vécu le fait de retrouver votre histoire écrite par un autre ? A-t-il révélé de vous des choses que vous n’auriez peut-être jamais formulées vous-même ?

Raoul Fernandez : Avant de découvrir le texte, retrouver mon histoire intime sous la loupe de quelqu’un d’autre était troublant, comme se retrouver au bord d’un gouffre. C’était intimidant… Mais le jour où Philippe m’a invité chez lui pour me lire lui-même le manuscrit, en prenant même de légers accents pour entrer dans le personnage, j’ai été tout simplement bouleversé. Et effectivement, il a révélé des choses qui étaient là, inconsciemment, des détails que je n’avais jamais regardés en face, des eaux profondes qui cherchaient une sortie.

La Chronique : Votre mère, Mama Betty, la couture, votre arrivée à Paris, Copi, Rudolf Noureev, puis Stanislas Nordey : votre parcours semble fait de rencontres qui, chaque fois, ont déplacé votre vie. Avec le recul, y en a-t-il une qui a particulièrement changé votre manière de vous voir ou votre rapport à la scène ?

Raoul Fernandez : À toutes ces personnes, il faut ajouter Marcial Di Fonzo Bo, un metteur en scène, mais surtout un acteur que j’admire. Une personne qui m’a particulièrement marqué est Maria Casarès. Je jouais pour la première fois dans un spectacle mis en scène par Marianik Réveillon, Lettres d’un inculpé de Yılmaz Güney. Maria Casarès est venue dans ma loge, m’a embrassé très fort, presque à me couper le souffle, puis m’a glissé à l’oreille trois conseils que je garde précieusement dans mon intime jardin secret. Après ce jour-là, nous nous sommes revus de temps en temps. Elle aimait beaucoup que je lui chante des chansons d’Amérique latine.

La Chronique : Le costume occupe une place particulière dans votre parcours. Vous l’avez fabriqué avant de le porter sur scène et, dans Portrait de Raoul, il accompagne aussi vos transformations. Qu’est-ce qu’un costume permet de raconter qu’un corps seul ne pourrait peut-être pas dire ?

Raoul Fernandez : Le costume est fondamental. C’est un vrai partenaire, une prolongation de l’imaginaire et de ses fonctions. Il aide l’acteur, mais il faut surtout qu’il soit un allié, un partenaire de jeu, agréable à porter même lorsqu’il impose des contraintes. Des acteurs qui mettent des cailloux dans leurs chaussures, c’est superbe comme recherche, mais c’est l’imagination qui prime.

La Chronique : Après avoir repris Portrait de Raoul à L’Astrada de Marciac en février dernier, vous y reviendrez en janvier prochain avec Il s’en va, le deuxième volet écrit par Philippe Minyana. Entre ces deux portraits, qu’est-ce qui a changé dans la manière dont vous vous racontez sur scène ? Et comment vivez-vous cette suite, plus troublante puisqu’elle imagine Raoul après sa propre mort ?

Raoul Fernandez : Effectivement, le mot est « troublant ». Se voir soi-même comme un revenant dans un théâtre, le soir, sur une scène vide, simplement accompagné d’une humble servante ; voir passer devant soi des scènes déjà jouées, retrouver des instants fugaces… Faire un spectacle où la solitude est présente, lorsque les forces de la vie sont peut-être devenues d’autres énergies… Le duo Marcial-Philippe m’a donné un cadre sublime, rempli des échos et des résonances de ceux qui sont passés par là et ne sont plus physiquement parmi nous.

La Chronique : La tournée en Amérique centrale vous conduira au Guatemala, au Honduras et au Salvador, devant des publics qui ne partageront pas nécessairement la même langue. Comment avez-vous pensé cette question pour la tournée ? Certaines représentations seront-elles jouées en français, d’autres en espagnol ? Et lorsque la langue change, votre manière de raconter cette histoire très personnelle change-t-elle également ?

Raoul Fernandez : Avec Marcial et la superbe équipe du Quai d’Angers qui m’accompagne, notamment Jacques Peigné et Nadia Guiollot, nous avons préparé le spectacle en deux langues. Nous allons parcourir de nombreuses villes grâce au travail de Yann Lorvo, qui nous a préparé un superbe parcours avec les ambassades de France, les Alliances françaises et les lycées français. Je joue en alternance en français et en espagnol. Beaucoup de Français habitent la région et, surtout, l’intérêt pour l’apprentissage du français est très important, ce qui est décisif pour la présence de la France à travers la culture. Pour moi, du point de vue de l’acteur, passer d’une langue à l’autre est un exercice qui me demande une rapidité et une liberté émouvantes.

La Chronique : Vous êtes né au Salvador et vous revenez en Amérique centrale avec un spectacle qui raconte une partie de votre enfance, votre départ et votre vie en France. Que représente pour vous ce retour avec Portrait de Raoul ? Pensez-vous que le spectacle puisse être reçu différemment là-bas, et particulièrement au Salvador ?

Raoul Fernandez : Retourner là où sont mes racines et jouer face au monde qui m’a vu naître est touchant. Mais Portrait de Raoul a beaucoup tourné et nous l’avons présenté dans des pays et des lieux très différents les uns des autres. Partout, il a été reçu chaleureusement. Le Guatemala, le Honduras et le Salvador ne devraient pas faire exception, sauf qu’il y aura peut-être un petit quelque chose en plus auquel je ne dois surtout pas penser pendant que je joue. Le spectacle est un et ne doit pas sortir de ses « rails »… (rires)

La Chronique : Vous avez joué Portrait de Raoul à Avignon. Qu’est-ce que cette expérience du Festival vous a appris, aussi bien comme comédien que dans la manière de défendre un spectacle ? Avec le recul, quel conseil donneriez-vous à une jeune compagnie ou à un jeune artiste qui envisage aujourd’hui de venir jouer à Avignon ?

Raoul Fernandez : Le Festival d’Avignon a été un énorme défi et une « bataille » de tous les jours, dans le bon sens du terme. Un lieu où des centaines de propositions sont là, les yeux du monde, un public qui n’est pas gagné d’avance, des difficultés pratiques… Mais nous avons passé le cap et le spectacle a été un triomphe. C’était émouvant de voir les retours d’une salle pleine qui ne voulait plus quitter les lieux, alors qu’il fallait laisser la place au spectacle suivant déjà programmé. Mon conseil serait : « Allez-y, plongez ! Pas de peur, mais beaucoup d’adrénaline ! »

La Chronique : Et vous, avez-vous envie de revenir jouer à Avignon ? Pourrait-on un jour y découvrir Il s’en va, ou un autre projet ?

Raoul Fernandez : Je rêve de revenir à Avignon avec Il s’en va. Il faut que ça se fasse ! Avec Marcial et Philippe, nous avons fait un autre spectacle, et celui-ci va encore plus loin que le précédent.

La Chronique : Votre parcours vous a conduit des ateliers de costumes à la scène, du chant au théâtre, en passant d’un univers à l’autre et en jouant souvent avec les frontières du masculin et du féminin. Avez-vous aujourd’hui le sentiment d’avoir trouvé votre place, ou votre place consiste-t-elle justement à ne jamais vous laisser enfermer dans une seule identité artistique ?

Raoul Fernandez : Ne jamais s’enfermer dans une forme, chercher à se dépasser. Un acteur est mille personnes à la fois, les extrêmes habitent en lui et il faut les faire fleurir, se concrétiser, vivre. Et toujours passer à autre chose, nettoyer, se purifier pour se salir, décoller pour revenir les pieds sur terre.

La Chronique : En 2022, après vous avoir vu à Avignon, nous écrivions dans La Chronique que la scène semblait vous « faire pousser des ailes » et que tout alors devenait possible. Quatre ans plus tard, qu’est-ce qui se passe encore en vous au moment d’entrer en scène ?

Raoul Fernandez : Eh bien, les ailes ont repoussé ! Et concrètement, dans le spectacle Il s’en va, lors de la dernière scène, les ailes me font partir… Comme quelqu’un qui nous quitte, qui traverse le miroir, avec un déploiement comme un dernier souffle de l’acteur qui, un jour dans son enfance, rêvait de monter sur scène…

Propos recueillis par Pierre Salles

Photo : Raoul Fernandez


Entrevista en español

Encuentro con Raoul Fernandez: «Un actor es mil personas a la vez»

Vestuarista, actor y cantante, Raoul Fernandez ha construido una trayectoria que parece haber rechazado siempre las fronteras. Nacido en El Salvador, formado en teatro en París y pasado por los talleres de costura de la Ópera Nacional de París, se ha nutrido de encuentros y experiencias junto a Jerzy Grotowski, Anatoli Vassiliev, Dario Fo o el Ballet Nacional de Cuba. Con los años ha trabajado con Jean-Pierre Vincent, Stanislas Nordey, Marcial Di Fonzo Bo, Jean-François Sivadier, Jorge Lavelli o Wajdi Mouawad, a la vez que desarrollaba su carrera como vestuarista y aparecía también en el cine. Su recorrido profesional en la Ópera de París confirma esa doble vida de actor y vestuarista, iniciada cuando aún proseguía sus estudios de teatro.

Los idiomas participan también de esa circulación permanente: Raoul Fernandez habla seis (francés, español, inglés, italiano, portugués y alemán, que está aprendiendo actualmente). A ello se suma un trabajo de transmisión, tanto a través del teatro como de la costura, que prosigue especialmente con públicos que no siempre tienen acceso a la escena.

Lo conocimos a través de Portrait de Raoul, texto de Philippe Minyana dirigido por Marcial Di Fonzo Bo, con motivo de su paso por el Festival de Aviñón. En solitario sobre el escenario, Raoul despliega una vida en la que el exilio, la costura, los encuentros y el teatro acaban componiendo un relato que no se parece a ningún otro. El espectáculo es hoy la primera parte de un díptico que continúa con Il s’en va – Portrait de Raoul (suite).

Del Anjou a Centroamérica

La historia sigue viajando. Portrait de Raoul vuelve a los escenarios los días 7, 8 y 9 de octubre de 2026 en Angers, en el Théâtre du Champ de Bataille, dentro de la programación extramuros de Le Quai CDN. Pocos días después, Raoul Fernandez partirá hacia Centroamérica en una gira que lo llevará, entre otros lugares, a Guatemala, Honduras y El Salvador.

Esta vez el viaje tiene, forzosamente, un sabor especial. Raoul nació en El Salvador y regresa con un espectáculo que cuenta precisamente una parte de esa infancia, su partida y la vida que se construyó después en Francia. Portrait de Raoul se ha preparado en francés y en español y se representará alternativamente en ambos idiomas, a lo largo de un recorrido organizado con las embajadas de Francia, las Alianzas Francesas y los liceos franceses. Pasar de una lengua a otra no será, pues, solo una cuestión de traducción: para el actor será otra manera de poner de nuevo en movimiento su propia historia.

A pocos días de esta nueva partida, nos reencontramos con Raoul Fernandez para hablar de este espectáculo que lo acompaña desde hace varios años, de Philippe Minyana y Marcial Di Fonzo Bo, del vestuario, de sus raíces, de Aviñón y de esa extraña experiencia que consiste en convertirse uno mismo en personaje de teatro.

La Chronique : Cuando vimos Portrait de Raoul en Aviñón en 2022, lo que sorprendía era esa manera de contar su propia vida transformándola en teatro. Después de todos estos años y de todas estas funciones, ¿tiene todavía la sensación de contar su historia, o el «Raoul» del espectáculo ha acabado adquiriendo una existencia distinta de la suya?

Raoul Fernandez : Desde el principio, este espectáculo es un desafío: ¿cómo contarme a mí mismo siendo un actor con «el corazón caliente pero la cabeza fría»? Una de las dificultades ha sido mantener la frescura al contar detalles sobre mi vida, mi pasado, mi visión del mundo, que Philippe Minyana supo traducir con su sublime escritura. Mi existencia se ha enriquecido desde entonces, pero la base y la estructura siguen siendo las mismas gracias a la dirección de Marcial que, desde el comienzo, supo ayudarme a construir un camino coherente y protegerme de los «deslices» o de las trampas. Eso me ha permitido ser yo mismo, pero en representación.

La Chronique : Philippe Minyana escribió Portrait de Raoul a partir de su vida y de su palabra. ¿Cómo vivió el hecho de encontrar su historia escrita por otro? ¿Reveló de usted cosas que quizá nunca habría formulado por sí mismo?

Raoul Fernandez : Antes de conocer el texto, ver mi historia íntima bajo la lupa de otra persona era perturbador, como encontrarse al borde de un abismo. Resultaba intimidante… Pero el día en que Philippe me invitó a su casa para leerme él mismo el manuscrito, incluso tomando ligeros acentos para entrar en el personaje, quedé sencillamente conmovido. Y, efectivamente, reveló cosas que estaban ahí, inconscientemente, detalles que nunca había mirado de frente, aguas profundas que buscaban una salida.

La Chronique : Su madre, Mama Betty, la costura, su llegada a París, Copi, Rudolf Nuréyev y luego Stanislas Nordey: su trayectoria parece hecha de encuentros que, cada vez, han desplazado su vida. Con la perspectiva del tiempo, ¿hay alguno que haya cambiado particularmente su manera de verse o su relación con la escena?

Raoul Fernandez : A todas estas personas hay que añadir a Marcial Di Fonzo Bo, un director, pero sobre todo un actor al que admiro. Una persona que me marcó especialmente fue María Casares. Yo actuaba por primera vez en un espectáculo dirigido por Marianik Réveillon, Lettres d’un inculpé, de Yılmaz Güney. María Casares vino a mi camerino, me abrazó muy fuerte, casi hasta cortarme la respiración, y luego me susurró al oído tres consejos que guardo con cariño en mi íntimo jardín secreto. Después de ese día nos vimos de vez en cuando. Le gustaba mucho que le cantara canciones de América Latina.

La Chronique : El vestuario ocupa un lugar especial en su trayectoria. Usted lo fabricó antes de llevarlo en escena y, en Portrait de Raoul, también acompaña sus transformaciones. ¿Qué permite contar un vestuario que un cuerpo solo quizá no podría decir?

Raoul Fernandez : El vestuario es fundamental. Es un verdadero compañero, una prolongación del imaginario y de sus funciones. Ayuda al actor, pero sobre todo tiene que ser un aliado, un compañero de juego, agradable de llevar incluso cuando impone limitaciones. Esos actores que se ponen piedras en los zapatos, eso es magnífico como investigación, pero lo que prima es la imaginación.

La Chronique : Tras retomar Portrait de Raoul en L’Astrada de Marciac el pasado febrero, volverá allí en enero próximo con Il s’en va, la segunda parte escrita por Philippe Minyana. Entre estos dos retratos, ¿qué ha cambiado en la manera de contarse sobre el escenario? ¿Y cómo vive esta continuación, más perturbadora, puesto que imagina a Raoul después de su propia muerte?

Raoul Fernandez : Efectivamente, la palabra es «perturbador». Verse a uno mismo como un aparecido en un teatro, de noche, sobre un escenario vacío, acompañado únicamente por una humilde sirvienta; ver pasar ante uno escenas ya interpretadas, reencontrar instantes fugaces… Hacer un espectáculo donde la soledad está presente, cuando las fuerzas de la vida se han convertido quizá en otras energías… El dúo Marcial-Philippe me ha dado un marco sublime, lleno de los ecos y las resonancias de quienes pasaron por allí y ya no están físicamente con nosotros.

La Chronique : La gira por Centroamérica lo llevará a Guatemala, Honduras y El Salvador, ante públicos que no compartirán necesariamente la misma lengua. ¿Cómo ha pensado esta cuestión para la gira? ¿Algunas funciones se harán en francés y otras en español? Y cuando cambia el idioma, ¿cambia también su manera de contar esta historia tan personal?

Raoul Fernandez : Con Marcial y el magnífico equipo de Le Quai de Angers que me acompaña, en particular Jacques Peigné y Nadia Guiollot, hemos preparado el espectáculo en dos idiomas. Vamos a recorrer numerosas ciudades gracias al trabajo de Yann Lorvo, que nos ha preparado un magnífico itinerario con las embajadas de Francia, las Alianzas Francesas y los liceos franceses. Actúo alternando francés y español. Muchos franceses viven en la región y, sobre todo, el interés por aprender francés es muy grande, lo cual es decisivo para la presencia de Francia a través de la cultura. Para mí, desde el punto de vista del actor, pasar de una lengua a otra es un ejercicio que me exige una rapidez y una libertad conmovedoras.

La Chronique : Usted nació en El Salvador y regresa a Centroamérica con un espectáculo que cuenta una parte de su infancia, su partida y su vida en Francia. ¿Qué representa para usted este regreso con Portrait de Raoul? ¿Cree que el espectáculo puede ser recibido de otra manera allí, y en particular en El Salvador?

Raoul Fernandez : Volver adonde están mis raíces y actuar ante el mundo que me vio nacer es emocionante. Pero Portrait de Raoul ha girado mucho y lo hemos presentado en países y lugares muy distintos entre sí. En todas partes ha sido recibido con calidez. Guatemala, Honduras y El Salvador no deberían ser una excepción, salvo que habrá quizá un pequeño algo más en lo que no debo pensar en absoluto mientras actúo. El espectáculo es uno y no debe salirse de sus «raíles»… (risas)

La Chronique : Usted actuó con Portrait de Raoul en Aviñón. ¿Qué le enseñó esta experiencia del Festival, tanto como actor como en la manera de defender un espectáculo? Con la perspectiva del tiempo, ¿qué consejo daría a una joven compañía o a un joven artista que hoy se plantee ir a actuar a Aviñón?

Raoul Fernandez : El Festival de Aviñón fue un enorme desafío y una «batalla» de todos los días, en el buen sentido del término. Un lugar donde hay cientos de propuestas, los ojos del mundo, un público que no está ganado de antemano, dificultades prácticas… Pero superamos el escollo y el espectáculo fue un triunfo. Fue emocionante ver las reacciones de una sala llena que no quería abandonar el lugar, cuando había que dejar sitio al siguiente espectáculo, ya programado. Mi consejo sería: «¡Adelante, lánzense! ¡Nada de miedo, pero mucha adrenalina!».

La Chronique : Y usted, ¿tiene ganas de volver a actuar en Aviñón? ¿Podríamos descubrir allí algún día Il s’en va u otro proyecto?

Raoul Fernandez : Sueño con volver a Aviñón con Il s’en va. ¡Tiene que ocurrir! Con Marcial y Philippe hicimos otro espectáculo, y este va aún más lejos que el anterior.

La Chronique : Su trayectoria lo ha llevado de los talleres de vestuario a la escena, del canto al teatro, pasando de un universo a otro y jugando a menudo con las fronteras de lo masculino y lo femenino. ¿Tiene hoy la sensación de haber encontrado su lugar, o su lugar consiste precisamente en no dejarse encerrar nunca en una sola identidad artística?

Raoul Fernandez : No encerrarse nunca en una forma, buscar superarse. Un actor es mil personas a la vez, los extremos habitan en él y hay que hacerlos florecer, concretarse, vivir. Y pasar siempre a otra cosa, limpiar, purificarse para ensuciarse, despegar para volver con los pies en la tierra.

La Chronique : En 2022, tras verlo en Aviñón, escribíamos en La Chronique que la escena parecía «hacerle crecer alas» y que entonces todo se volvía posible. Cuatro años después, ¿qué sigue ocurriendo en usted en el momento de salir a escena?

Raoul Fernandez : ¡Pues las alas han vuelto a crecer! Y, concretamente, en el espectáculo Il s’en va, en la última escena, las alas me hacen partir… Como alguien que nos deja, que atraviesa el espejo, con un despliegue como un último aliento del actor que, un día de su infancia, soñaba con subir a un escenario.

Entrevista realizada por Pierre Salles

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