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LAAYKA : avec « J’écris », mettre des mots sur la chute pour retrouver le chemin – PORTRAIT

Laayka

La-chronique.fr – 04 Octobre 2026

PORTRAIT D’UNE JEUNE ARTISTE

Avec « J’écris », Laayka signe un titre profondément personnel, né d’une période où les mots eux-mêmes avaient fini par disparaître. Auteure-compositrice-interprète évoluant dans le R&B français, elle construit son univers à partir du vécu, de l’émotion et d’une écriture qui cherche moins l’effet que la justesse. La musique l’accompagne depuis l’enfance. Vers quinze ans, au C.A.J. de la Grande Résidence, elle monte pour la première fois sur scène lors d’un événement organisé afin de récolter des fonds pour les victimes du tsunami de 2004. Elle chante le refrain d’un rappeur et reprend « Celle qui a dit non » de Wallen. La musique reste pourtant longtemps une passion parallèle à ses études et à sa vie professionnelle.

C’est en 2020 que l’écriture prend véritablement sa place. Laayka commence à écrire ses propres textes et chante chaque dimanche sur Facebook, puis sur Instagram. Ces rendez-vous réguliers lui permettent d’apprendre, de rencontrer artistes, producteurs et professionnels, mais aussi de chercher une identité musicale qu’elle reconnaît ne pas avoir trouvée immédiatement.

La disparition de son père interrompt brutalement cette construction. Pendant environ un an et demi, Laayka se renferme, cesse d’écrire et n’est plus en mesure d’exercer son métier d’aide-soignante, qu’elle pratique depuis onze ans. Un accompagnement psychologique l’aide progressivement à sortir de cette période. Puis, un soir d’hiver, l’écriture revient. De ce moment naît « J’écris ».

Après « Un leurre » et « Ainsi va », ce morceau marque une étape plus intime dans son parcours. Il s’accompagne de « Laayka Story », un format pensé comme un journal artistique qui suit la naissance d’un morceau, de l’écriture jusqu’à sa diffusion, en laissant apparaître le processus créatif, les doutes et les émotions qui l’accompagnent.

UNE INTIMITÉ QUI ÉVITE LE PATHOS

Avec « J’écris », Laayka choisit un terrain délicat. Le deuil, la souffrance psychologique et la reconstruction pourraient facilement conduire à une chanson qui force l’émotion. C’est précisément là que le projet trouve son intérêt : dans la volonté de raconter la chute sans en faire un spectacle et de laisser à l’auditeur suffisamment d’espace pour y projeter sa propre histoire.

Ce qui retient surtout l’attention tient à la démarche d’écriture. La disparition du père est le point de départ de la chanson, mais elle n’en constitue pas l’unique sujet. « J’écris » parle aussi de ce temps où l’on s’isole, de l’incapacité à expliquer ce qui se passe, du moment où l’on accepte finalement d’être aidé et, progressivement, de celui où les mots reviennent. La phrase de Laayka « Parfois, accepter que l’on est tombé est déjà une première étape pour pouvoir se relever » pourrait presque résumer le morceau. Cette sincérité fonctionne d’autant mieux que l’artiste pose elle-même une limite à l’exposition de son intimité. « Il y a une différence entre partager une émotion et raconter toute son histoire », explique-t-elle. Une distinction intéressante à l’heure où le récit personnel devient parfois un argument artistique en soi. Chez Laayka, tout montrer n’est pas une condition pour toucher : l’émotion peut être partagée sans que chaque détail de la vie qui l’a fait naître soit livré au public.

C’est probablement ce qui donne à « J’écris » sa portée la plus intéressante. Derrière une histoire singulière se dessine un sujet beaucoup plus universel ou comment retrouver une voix lorsque l’on a traversé une période où l’on n’avait précisément plus les mots ? Le morceau ne prétend pas apporter de réponse. Il raconte simplement un chemin possible, celui de Laayka.

Et « Laayka Story » prolonge intelligemment cette démarche en donnant accès non pas à une intimité fabriquée pour les réseaux sociaux, mais aux différentes étapes de construction artistique du morceau. Le projet est pensé comme un journal montrant l’écriture, les doutes, les émotions et l’évolution de la chanson jusqu’à sa diffusion. Cette cohérence entre le propos de « J’écris » et la manière de l’accompagner donne aujourd’hui au projet de Laayka une identité plus affirmée.

Béatrice Stopin

REPÈRES
Titre : « J’écris »
Artiste : Laayka
Univers : R&B français
Auteure-compositrice-interprète : Laayka
Projet associé : « Laayka Story »

RENCONTRE AVEC LAAYKA

La Chronique : La musique vous accompagne depuis longtemps, mais elle n’a pas immédiatement pris la forme d’un projet artistique. Comment regardez-vous aujourd’hui ce cheminement ?

Laayka : Cela n’a pas été une révélation immédiate. J’ai poursuivi mes études jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat littéraire, tout en gardant cette passion en moi. Aujourd’hui, j’ai surtout envie de m’écouter pleinement et d’assumer la direction que je souhaite donner à mon premier véritable projet artistique en tant qu’artiste indépendante.

La Chronique : « J’écris » naît après la disparition de votre père et une longue période durant laquelle vous n’écriviez plus. Comment les mots sont-ils revenus ?

Laayka : On me disait souvent : “C’est normal, ça va passer.” Mais moi, je ne voyais pas le bout du tunnel. J’ai finalement décidé de me faire accompagner psychologiquement. C’est à partir de là, avec beaucoup de volonté, que quelque chose a commencé à se débloquer. Un soir d’hiver, j’ai pris une feuille, choisi une instrumental qui me parlait, et les mots sont venus presque instantanément. J’ai déposé ma douleur sur le papier.

La Chronique : Cette chanson part d’une expérience très intime. Comment décidez-vous de ce qui peut devenir une chanson et de ce qui doit rester à vous ?

Laayka : Il y a une différence entre partager une émotion et raconter toute son histoire.

La Chronique : Avec « J’écris », votre histoire personnelle rejoint aussi une réflexion plus large sur la santé mentale. Quelle portée souhaitez-vous donner à ce projet ?

Laayka : Le projet est encore en construction, mais cette dimension me tient particulièrement à cœur : partir d’une chanson très personnelle pour créer quelque chose qui puisse finalement concerner, toucher et peut-être aider un plus grand nombre. Parfois, accepter que l’on est tombé est déjà une première étape pour pouvoir se relever.

La Chronique : Vous êtes à la fois aide-soignante et artiste. Ces deux dimensions se rejoignent-elles dans votre manière d’envisager la musique ?

Laayka : Je suis à la fois soignante et artiste. Cette envie d’aider fait profondément partie de ma personnalité, et il était assez naturel pour moi que cela se retrouve aussi dans mon projet artistique. Je souhaite surtout que l’humain et l’émotion restent au centre de mon art.

Propos recueillis par Béatrice Stopin

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