Cicero Lee - Light Beyond

Cícero Lee – light / beyond : quatre musiciens, un même souffle

Cicero Lee - Light Beyond

La-chronique.fr – 02 Octobre 2026

Cícero Lee signe les compositions de light / beyond, tient la contrebasse et donne naturellement son nom au projet. À l’écoute de ce cinquième album en leader, sa présence se mesure pourtant moins à la place qu’il occupe qu’à celle qu’il laisse aux autres. La contrebasse peut installer le groove de Jonesing, devenir beaucoup plus mélodique dans Sem Olhar Para Trás ou s’avancer franchement dans 8 14, mais elle revient toujours se fondre dans le quartet. L’album commence d’ailleurs par une esquisse. Amazonia ne dure qu’une minute vingt-sept : le saxophone alto de Ricardo Toscano pose une première ligne, le piano de Salomão Soares intervient par touches, Joel Silva travaille les cymbales et les nuances pendant que la contrebasse reste profondément ancrée sous l’ensemble. C’est court, mais cela suffit à installer le climat du disque et cette manière de laisser de l’air entre les instruments.

Une partie de l’entente qu’on perçoit entre ces musiciens s’est construite bien avant cet album. Lee, Soares et Silva se retrouvaient déjà sur Na Casa da Nuvem en 2020, enregistré à l’issue d’une session qui constituait alors leur rencontre musicale. Silva participait encore à Resilience deux ans plus tard. Cette histoire commune s’entend dans la façon dont les phrases circulent, se répondent ou restent parfois volontairement en suspens. Toscano s’insère dans cet équilibre avec un saxophone qui peut être très mélodique avant de se tendre lorsque le quartet prend de la vitesse. Lee s’avance quand il le faut, et Jonesing en donne un bel exemple : la basse installe un groove plus ferme, le piano devient plus percussif, Toscano durcit son phrasé et le disque, que ses premières minutes pouvaient faire croire contemplatif, change soudain d’allure. Mais il sait tout aussi bien se retirer. Le morceau-titre montre comment ce quartet fait monter la tension sans brusquer la musique : Toscano développe une longue ligne mélodique, Soares lui répond en laissant beaucoup d’espace et, progressivement, la batterie se fait plus pressante, le piano se densifie, le saxophone s’éloigne du thème. Difficile de dire à quel moment la composition commence à laisser davantage de place à l’improvisation. Les thèmes écrits par Lee donnent une direction sans enfermer les musiciens dans un trajet trop balisé.

Cette liberté prend une autre dimension avec 8 14, sans doute le moment où le quartet se lâche le plus franchement. Silva lance le morceau, Toscano expose un thème vif et les rôles commencent rapidement à circuler. Lee s’avance à la contrebasse, Soares construit patiemment son solo et gagne en densité tandis que la batterie pousse derrière lui, puis Toscano revient avec un jeu plus tendu, plus aventureux. Saxophone et batterie finissent presque par se provoquer avant que le thème ne ramène le quartet vers son point de départ. Rien de révolutionnaire dans cette construction familière du jazz, simplement quatre musiciens qui savent suffisamment s’écouter pour lui conserver toute sa fraîcheur. Il faut tendre l’oreille vers Joel Silva. Sa batterie est partout sans donner l’impression de vouloir y être : elle pousse lorsque le quartet accélère, mais quelques cymbales, un roulement ou une frappe placée au bon endroit suffisent parfois à déplacer tout le morceau. Avec la contrebasse de Lee, il tient une assise ferme mais jamais raide.

Salomão Soares joue lui aussi avec cet espace. Son piano peut devenir dense et percussif, comme dans 8 14, mais il sait aussi ne pas remplir chaque vide. Intro do Salomão, courte parenthèse, conduit vers Fading, l’un des moments les plus délicats de l’album. Le piano se dépouille, la contrebasse descend profondément, Silva effleure plus qu’il ne frappe et le saxophone de Toscano retrouve un lyrisme presque vocal. On vient d’entendre ces mêmes musiciens accélérer et multiplier les échanges ; les voilà qui jouent peu et prennent leur temps. Puis vient Coimbra. Son titre et sa douce mélancolie pourraient évoquer le Portugal et la saudade, des images toutes faites dont cette musique n’a guère besoin. Soares ouvre le morceau et ralentit naturellement le temps ; saxophone, contrebasse et piano trouvent ensuite leur place sans chercher à donner au disque une conclusion spectaculaire. Après les poussées de Jonesing ou de 8 14, terminer dans la retenue paraît presque évident.

La maîtrise instrumentale est évidente, mais elle n’est finalement jamais le sujet. Le disque tient davantage à ce que ces quatre musiciens font ensemble, et parfois à ce qu’ils choisissent de ne pas faire. Cícero Lee aurait pu enregistrer un disque de contrebassiste entouré de trois musiciens brillants. light / beyond donne plutôt à entendre un quartet, et la nuance n’est pas mince. Lee donne l’impulsion puis se retire, Soares laisse un silence là où une nouvelle phrase aurait été possible, Silva modifie l’équilibre avec quelques frappes et Toscano passe d’une ligne très chantante à un jeu beaucoup plus tendu sans que l’ensemble perde son fil. Et l’en semble est tout simplement excellent.

Pierre Salles

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REPÈRES DE L’ALBUM
Nom
: LIGHT / BEYOND — CÍCERO LEE
Composition : Cícero Lee
Contrebasse : Cícero Lee
Saxophone alto : Ricardo Toscano
Piano : Salomão Soares
Batterie : Joel Silva
Arrangements : Carlos Garcia
Mixage et mastering : Thiago « Big » Rabello
Label : Parallax Records
Sortie : 14 mai 2026
Titres : 10
Durée : 47 min 02

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