
La-chronique.fr – 15 Octobre 2026
Librement adapté du roman de Jean Pompougnac, « Justin le Juste » permet à Éric Barbier de porter un regard singulier sur la Première Guerre mondiale, à travers l’absurdité des situations et les contradictions de l’autorité militaire. Entre fable satirique et aventure romanesque, le film s’appuie sur une distribution convaincante, une reconstitution historique soignée et un Alban Ivanov particulièrement inspiré.
L’acteur incarne avec une remarquable justesse un paysan peu instruit, profondément attaché à sa terre et découvrant un monde dont les règles lui échappent. Son jeu mêle innocence, maladresse et ingéniosité avec une étonnante aisance. Justin possède une intelligence instinctive qui lui permet de retourner les situations à son avantage, tandis que son incapacité à mesurer les dangers lui donne une audace parfois déconcertante. Alban Ivanov apporte à ce personnage une sincérité et une sensibilité qui le rendent immédiatement attachant.
Éric Barbier tire habilement parti du décalage entre le bon sens de Justin et les règles de l’institution militaire. Les situations cocasses s’enchaînent, portées par le regard innocent d’un homme qui peine à comprendre pourquoi il devrait combattre des inconnus. Cette simplicité désarmante prend une résonance particulière lorsque le récit aborde le sort des soldats fusillés pour l’exemple, victimes d’une discipline militaire implacable. L’absurdité laisse alors apparaître une réalité autrement tragique, celle d’hommes sacrifiés par leur propre hiérarchie. Le film trouve dans ce contraste une force qui dépasse les seules péripéties de son héros.
Face à Alban Ivanov, Birane Ba, pensionnaire de la Comédie-Française, se révèle tout aussi convaincant et leur complicité donne une véritable chaleur à cette aventure, tandis que l’amitié entre Justin et Basile s’impose comme l’une de ses dimensions les plus touchantes. La fidélité de Justin à son compagnon, aussi spontanée qu’indéfectible, apporte une émotion sincère. Les deux acteurs trouvent une belle harmonie, entre légèreté et gravité, et donnent à leur relation une place essentielle dans le film.
Alexandra Lamy incarne une journaliste déterminée, dont la présence prend un relief particulier dans le contexte de 1915, à une époque où la profession demeure largement masculine. Son interprétation apporte de l’assurance à un personnage engagé dans la dénonciation des injustices militaires, jusque dans les colonnes du Canard enchaîné. La place accordée à cette journaliste rappelle aussi combien la presse peut contribuer à faire émerger des vérités que l’institution préférerait taire.
La reconstitution historique participe pleinement à l’immersion. Les décors, les costumes et les environnements militaires restituent avec une grande vraisemblance l’atmosphère de la Première Guerre mondiale et la vie de ces années-là. Ce cadre soigneusement recréé donne une assise crédible à une histoire qui assume par ailleurs sa dimension romanesque. Car Justin semble bénéficier d’une chance presque insolente, multipliant les rencontres providentielles et les échappées improbables. Cette accumulation constitue la principale réserve, tant certaines circonstances paraissent arrangées pour servir les aventures du personnage.
Éric Barbier conserve néanmoins un rythme soutenu, alternant les situations cocasses et les moments plus sensibles. La mise en scène laisse toute leur place aux comédiens, dont les échanges donnent au récit sa vitalité. Les péripéties se succèdent avec fluidité et l’attachement aux personnages accompagne le spectateur jusqu’au dénouement.
Porté par un Alban Ivanov remarquable, très loin de l’image que l’on a pu en avoir ces dernières années et un duo particulièrement attachant avec Birane Ba, « Justin le Juste » conjugue la fantaisie du récit à la gravité de son contexte historique. Une fable sensible et engagée, où la naïveté d’un homme devient un regard étonnamment lucide sur la folie de la guerre.
Béatrice Stopin
Crédit photos : © Julien Panié – SND – Vertigo
REPÈRES DU FILM
Titre : « Justin le Juste » – vu au cinéma pathé cap sud
Réalisation : Éric Barbier
Œuvre originale : Roman de Jean Pompougnac
Distribution principale : Alban Ivanov, Birane Ba, Alexandra Lamy
Genre : Comédie dramatique, fable historique
Cadre historique : Première Guerre mondiale
Durée : 1h50








