frederic remy

À Châteauvallon-Liberté, Frédéric Rémy prend le relais de Charles Berling

frederic remy

La-chronique.fr – 23 Octobre 2026

Après quinze années au cours desquelles Charles Berling a contribué à faire du Théâtre Liberté et de Châteauvallon une Scène nationale majeure du paysage culturel varois, une nouvelle page s’ouvre à Toulon et à Ollioules. Nommé le 20 octobre 2026 à la direction de Châteauvallon-Liberté, Frédéric Rémy arrive avec une longue expérience des arts de la rue et un projet qui entend renforcer la place des artistes dans la cité, soutenir les compagnies régionales et multiplier les rencontres avec les habitants.

Lorsque Charles Berling et son frère Philippe se voient confier, en 2010, la direction du futur Théâtre Liberté, Toulon s’apprête à retrouver un équipement culturel d’envergure en plein cœur de la ville. Inauguré en 2011 dans un ancien cinéma réaménagé, le lieu affirme rapidement une identité pluridisciplinaire, où le théâtre dialogue avec la danse, la musique, le cinéma et les arts visuels, tandis que les rencontres, les débats et les projets participatifs contribuent à en faire un espace de vie autant qu’un lieu de représentation. Cette volonté d’ouvrir largement les portes du théâtre, notamment à celles et ceux qui en sont habituellement éloignés, accompagnera durablement le projet défendu par le comédien et metteur en scène.

L’histoire du Liberté va progressivement rejoindre celle de Châteauvallon, institution culturelle installée depuis les années 1960 sur les hauteurs d’Ollioules, dont l’amphithéâtre à ciel ouvert, les festivals de jazz puis de danse contemporaine et l’engagement en faveur de la création ont profondément marqué la vie artistique de la région. En décembre 2015, les deux établissements obtiennent ensemble le label de Scène nationale, avant d’être réunis sous une même direction en 2018, Charles Berling en assumant seul la responsabilité à partir de 2020. Cette association, qui aurait pu se limiter à un rapprochement administratif, a permis de faire vivre deux lieux aux identités complémentaires, l’un au cœur de la cité, l’autre ouvert sur le paysage méditerranéen, tout en leur donnant une visibilité commune.

Au fil de ces années, Châteauvallon-Liberté a développé une programmation ouverte aux écritures contemporaines, aux grandes formes chorégraphiques et aux propositions qui croisent les disciplines, sans négliger les rencontres avec les artistes ni le travail mené auprès des scolaires et des habitants. Les cycles thématiques, les débats, les ateliers et les projets hors les murs ont contribué à inscrire davantage le spectacle vivant dans le quotidien du territoire, tandis qu’une attention particulière était portée à l’accessibilité, notamment pour les personnes en situation de handicap. Cette dimension citoyenne, associée à une exigence artistique affirmée, constitue l’un des acquis les plus significatifs de la période Berling, même si elle doit aussi beaucoup à l’engagement des équipes et des partenaires qui ont accompagné la transformation de l’institution.

Charles Berling n’a d’ailleurs jamais dissocié complètement ses responsabilités de directeur de son propre parcours de comédien et de metteur en scène. Ses créations, ses collaborations avec de grandes figures du théâtre contemporain et sa présence régulière sur les scènes françaises ont nourri une relation constante avec les artistes, tout en maintenant un lien entre son travail à Toulon et la création nationale. Son départ, devenu effectif le 31 août 2026, clôt ainsi une période fondatrice, dont l’héritage dépasse la seule réunion de deux équipements culturels.

C’est dans ce contexte que Frédéric Rémy vient d’être nommé à la direction de Châteauvallon-Liberté, sur proposition unanime du jury réuni le 24 septembre dernier, avec l’agrément de la ministre de la Culture, Catherine Pégard, et l’accord des collectivités et associations partenaires. Jusqu’ici directeur général et artistique d’Éclat, Centre national des arts de la rue et de l’espace public et organisateur du Festival international de théâtre de rue d’Aurillac depuis 2019, il possède une expérience largement construite au contact de formes artistiques qui investissent les villes, les places et les espaces partagés.

Son parcours l’a notamment conduit à Marseille, où il a travaillé pour Lieux publics entre 1994 et 1999, puis à Cognac, à La Seyne-sur-Mer et de nouveau dans la cité phocéenne, au sein de structures de production et de développement artistique. De 2007 à 2019, il a dirigé le festival Scènes de rue de Mulhouse, avant de rejoindre Aurillac, l’un des rendez-vous majeurs des arts de la rue en Europe. Cette familiarité avec les créations conçues hors des salles traditionnelles éclaire les orientations qu’il souhaite désormais donner à une Scène nationale dont la richesse repose précisément sur la diversité de ses espaces et de ses publics.

Intitulé Ce qui nous lie, son projet propose de renforcer la circulation entre le Théâtre Liberté, Châteauvallon et les différents territoires de la métropole, en imaginant une programmation organisée autour de quatre cycles saisonniers, chacun ouvert par un temps fort fédérateur dans l’espace public ou dans un lieu singulier. Aux représentations en salle et aux grandes formes chorégraphiques accueillies dans l’amphithéâtre s’ajouteraient des résidences ouvertes, des propositions permettant de découvrir autrement le territoire et des rendez-vous favorisant une relation plus directe entre les artistes et les habitants.

Le soutien à la création constitue un autre axe important de cette nouvelle orientation, avec une plateforme destinée aux jeunes artistes en lien avec les écoles supérieures de la région, un pôle de production et de diffusion au service des compagnies du territoire, ainsi qu’un laboratoire consacré aux écritures du paysage. Ce dernier devrait prendre appui sur le cadre méditerranéen de Châteauvallon, tout en intégrant les questions liées à l’évolution du climat et à notre manière d’habiter les espaces naturels. Quatre artistes et équipes accompagneront ce projet : les metteuses en scène Julie Deliquet et Jeanne Desoubeaux, le chorégraphe Alessandro Sciarroni et le Munstrum Théâtre, dont les univers témoignent de la diversité des formes que la nouvelle direction souhaite accueillir.

Une attention particulière est également annoncée en direction de la jeunesse, avec la création de « Classes ouvertes » conçues en partenariat avec l’Éducation nationale, tandis que la présence artistique dans les quartiers prioritaires de Toulon et d’Ollioules devrait être renforcée. À l’échelle régionale, Frédéric Rémy entend développer les coopérations avec les structures culturelles et les compagnies, sans perdre de vue l’ouverture méditerranéenne et européenne de Châteauvallon-Liberté, dont la situation géographique et l’histoire constituent des atouts pour favoriser les échanges.

Après les années Charles Berling, qui auront permis d’installer durablement la Scène nationale dans le paysage culturel toulonnais et de donner une cohérence à deux lieux singuliers, l’arrivée de Frédéric Rémy ouvre donc une nouvelle étape plutôt qu’une rupture annoncée. Reste désormais à voir comment ces ambitions prendront forme dans les prochaines saisons, quels moyens seront consacrés aux artistes et aux compagnies du territoire et comment les habitants pourront s’approprier ces nouvelles propositions. C’est à cette rencontre entre l’exigence de la création et la réalité d’un territoire que se mesurera la portée du projet Ce qui nous lie.

Pierre Salles

Crédit photo : Radio France

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