Dorothée Gilbert

Dorothée Gilbert, les adieux d’une étoile à l’Opéra de Paris

Dorothée Gilbert

La-chronique.fr – 13 Octobre 2026

Le 15 octobre 2026, Dorothée Gilbert dansera pour la dernière fois sur la scène du Palais Garnier. À 43 ans, après presque trente années passées à l’Opéra national de Paris, la danseuse étoile a choisi L’Histoire de Manon de Kenneth MacMillan pour faire ses adieux. Elle y retrouvera Hugo Marchand, avec lequel elle partage depuis onze ans une complicité particulière dans ce ballet. Une dernière soirée qui s’annonce chargée d’émotion pour l’interprète comme pour le public qui l’a accompagnée tout au long de sa carrière.

Dorothée Gilbert connaît les couloirs du Palais Garnier depuis l’enfance. Elle y a grandi, travaillé et traversé les épreuves que réserve une carrière de danseuse et connu cette consécration à laquelle aspirent tant de jeunes élèves de l’École de danse. Jeudi 15 octobre, elle y retrouvera une dernière fois son public dans un rôle qu’elle affectionne particulièrement et qu’elle a choisi elle-même pour cette soirée d’adieux.

Née à Toulouse en 1983, elle entre à l’École de danse de l’Opéra de Paris en 1995, à douze ans. Cinq ans plus tard, elle intègre le corps de ballet. Les promotions se succèdent rapidement et, le 19 novembre 2007, à l’issue d’une représentation de Casse-Noisette de Rudolf Noureev dans laquelle elle interprète Clara, elle est nommée étoile. Elle a 24 ans.

Près de dix-neuf années se sont écoulées depuis cette soirée. Dorothée Gilbert a traversé le grand répertoire classique, abordé des écritures chorégraphiques contemporaines et dansé sur les scènes de nombreux pays. De Giselle au Lac des cygnes, de Cendrillon à La Dame aux camélias, elle a interprété les grands rôles dont rêvent tant de danseuses, tout en poursuivant son travail dans des œuvres chorégraphiques plus contemporaines.

Pour ses adieux, Dorothée Gilbert a retenu L’Histoire de Manon, ballet créé en 1974 par Kenneth MacMillan sur des musiques de Jules Massenet. Inspirée du roman de l’abbé Prévost, l’œuvre suit le destin tragique d’une jeune femme dont les aspirations et les choix la conduisent peu à peu vers la déchéance. Manon est un personnage difficile à saisir. Elle aime Des Grieux, mais se laisse séduire par les promesses d’une existence plus confortable. Elle avance, se trompe, semble parfois ne pas mesurer les conséquences de ses décisions. MacMillan en a fait une héroïne profondément humaine, dont les contradictions nourrissent une chorégraphie particulièrement exigeante.

Dorothée Gilbert connaît bien ce rôle, qu’elle aborde aujourd’hui avec l’expérience accumulée au fil des années. Dans un entretien accordé au Monde le 12 octobre, elle explique combien son interprétation a évolué, notamment depuis qu’elle a dansé Marguerite dans La Dame aux camélias de John Neumeier. Elle porte désormais un regard plus attentif sur les failles de Manon et sur cette succession de décisions qui précipitent sa perte.

Le choix de ce ballet tient également à la présence d’Hugo Marchand. Les deux étoiles ont commencé à interpréter L’Histoire de Manon ensemble en 2015. Dorothée Gilbert souhaitait retrouver son partenaire pour cette dernière représentation, comme une manière de terminer leur parcours commun à l’Opéra là où il avait commencé dans cette œuvre.

Les nombreux pas de deux imaginés par MacMillan donnent toute sa place à cette relation entre les interprètes. Leur réussite demande une connaissance intime du mouvement de l’autre, acquise au fil des répétitions et des représentations. Après onze années passées à danser ensemble ce ballet, Dorothée Gilbert et Hugo Marchand retrouveront sur scène cette complicité qui a marqué leur partenariat.

Le parcours de Dorothée Gilbert n’a pas été épargné par les blessures. À 23 ans, une importante fracture de fatigue au pied gauche l’oblige à interrompre sa carrière pendant six mois. Suivront une quinzaine de déchirures aux mollets, au point qu’elle reconnaît aujourd’hui avoir cessé de les compter. À quelques jours de ses adieux, une nouvelle petite lésion au mollet gauche lui impose encore une grande prudence. Difficile, dans ces conditions, de préparer sereinement une soirée attendue depuis si longtemps. Ces difficultés ne l’ont pourtant pas empêchée de continuer à interpréter les grands ballets classiques jusqu’à la fin de son parcours au sein de la compagnie. Elle cite volontiers Manuel Legris parmi les danseurs qui l’ont inspirée, notamment pour sa capacité à maintenir une exigence technique élevée jusqu’aux dernières années de sa carrière.

Avec le temps, son approche de l’interprétation s’est également transformée. Elle évoque aujourd’hui une recherche de simplicité, cette possibilité de laisser davantage de place à l’émotion dans le mouvement. Une évolution qu’elle a particulièrement ressentie en interprétant Marguerite dans La Dame aux camélias, où elle a trouvé une manière de danser davantage en accord avec sa propre sensibilité.

Giselle reste également l’un des rôles qui l’ont le plus profondément accompagnée. Elle confiait récemment à Radio Classique combien il lui avait été difficile de lui dire adieu, tant ce personnage avait évolué avec elle au fil des années. Une séparation à laquelle elle ne s’attendait pas et qui l’avait submergée d’émotion.

Dorothée Gilbert quitte le Ballet de l’Opéra de Paris à 43 ans, un an après l’âge réglementaire de départ des danseurs de la compagnie. Pour cette dernière représentation, elle a signé un contrat d’artiste invitée, situation assez singulière pour une interprète qui a passé presque toute sa vie dans cette maison mais la suite de son parcours reste ouverte. Dorothée Gilbert reconnaît réfléchir depuis une dizaine d’années à ce qu’elle fera après l’Opéra, sans avoir encore trouvé de réponse définitive. Elle préfère aujourd’hui ne pas se projeter et se concentrer sur cette dernière représentation. Elle envisage néanmoins de continuer à danser en dehors de la compagnie, notamment à l’occasion de projets avec Hugo Marchand.

La transmission occupe également une place importante dans sa conception du métier. Elle se souvient de ces danseurs qui, comme Manuel Legris, ont continué à interpréter les grandes œuvres du répertoire jusqu’au terme de leur carrière. Leur exemple lui a permis de poursuivre la sienne avec la même exigence. À son tour, elle souhaite que les plus jeunes puissent trouver auprès de leurs aînés cette confiance nécessaire pour avancer. Le 15 octobre, Dorothée Gilbert dansera une dernière fois Manon au Palais Garnier, avec Hugo Marchand à ses côtés. Elle quittera ensuite cette maison où elle est entrée à douze ans et dont elle aura été l’une des grandes étoiles pendant près de dix-neuf ans. Quant à la suite, elle ne l’a pas encore décidée.

La rédaction

Crédit photo : © MH Buckley / Opéra national de Paris

REPÈRES DU SPECTACLE
Titre : L’Histoire de Manon
Chorégraphie et mise en scène : Kenneth MacMillan
D’après : L’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, de l’abbé Prévost
Musique : Jules Massenet
Arrangements et orchestration : Martin Yates
Direction musicale annoncée pour le 15 octobre : Kevin Rhodes
Décors et costumes : Nicholas Georgiadis
Lumières : Jacopo Pantani
Distribution annoncée pour le 15 octobre : Dorothée Gilbert (Manon), Hugo Marchand (Des Grieux), Thomas Docquir (Lescaut), Bianca Scudamore (la maîtresse de Lescaut), Matthieu Botto (Monsieur de G. M.), Laure-Adélaïde Boucaud (Madame), Alexander Maryianowski (le geôlier)
Durée : 2 h 45, avec deux entractes
Lieu : Palais Garnier, Paris
Date des adieux : jeudi 15 octobre 2026, à 19 h 30
Représentations : du 28 septembre au 30 octobre 2026
Diffusion : Paris Opera Play, en direct le 15 octobre, puis disponible en replay pendant trente jours.

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