Sheila Hicks

Sheila Hicks – Au-delà : une fibre universelle

Sheila Hicks

La-chronique.fr – 17 Octobre 2026

Au Palais des Beaux-Arts de Lille, Sheila Hicks déploie soixante années de création dans une exposition où les fibres textiles, les couleurs et les matières dialoguent avec les collections du musée. Des œuvres les plus intimes aux installations monumentales, l’artiste américaine invite à une traversée sensible, nourrie de ses voyages et de ses rencontres avec les cultures du monde.

Le Palais des Beaux Arts de Lille invite jusqu’en mars 2027 à une balade inédite au cœur d’une cinquantaine d’œuvres de Sheila Hicks. Quelques soixante années de création. Artiste américaine née en 1934 dans le Nebraska et résidente à Paris depuis les années soixante.

De renommée internationale cette artiste inclassable est connue pour son utilisation pionnière de la fibre textile. « Un langage universel ». Un lien entre les cultures et les peuples dont elle s’empare pour réaliser depuis les années cinquante une œuvre atypique entre artisanat, design, architecture. Joyeuse. Ludique. Et protéiforme. Des œuvres les plus « Minimes », titre d’une série réalisée sur de minuscules métiers à tisser, à ses réalisations monumentales. Telle celle réalisée in situ dans le gigantesque atrium de ce Palais des Beaux Arts de Lille. En pays textile s’il en est. Lille, cité de commerce se développe en effet au XIXe siècle grâce aux industries textiles de toute une région. Roubaix, Tourcoing déjà villes textiles depuis le XVIe siècle seront pour longtemps riches de ce passé fortement inscrit dans leur histoire.

Juliette Singer, directrice du musée lillois, et Julia Garimorth, conservatrice en chef du musée d’Art moderne de Paris, toutes deux commissaires de cette exposition ne s’y sont pas trompées en invitant Sheila Hicks. Et c’est ensemble, avec le regard particulier et attentif de Sheila Hicks sur les lieux, qu’elles ont pensé ce parcours habilement croisé avec les collections du musée.

Sheila Hicks, élève de la Yale School of Art dès 1954 y rencontre d’autres artistes marquants de sa génération, Mark Rothko ou Willem De Kooning. Mais c’est Josef Albers, doyen de la faculté, pionnier du design moderne, qui lui laissera certainement la trace la plus durable avec ses multiples expériences sur la couleur et la perception. Tout comme ses nombreux voyages. Notamment au Chili et au Mexique, au Maroc ou en Inde. Et la rencontre là-bas, de tisserands qui lui ouvriront d’autres horizons techniques et artistiques, d’architectes et de cultures fascinantes.

« Au-delà ». Ainsi s’intitule ce voyage. Aussi sensoriel que visuel. « Au-delà » c’est le titre d’une œuvre posée à l’entrée de l’atrium du musée. Tel un tronc de coton. Pur. Arbre tutélaire. Élancé vers un probable infini. Puis vient cette immense installation. Ici pas de tissé. Pas de noué. Pas de tressé. Mais une joyeuse multitude de serpentins géants laissant venir de l’immense verrière quelques trouées de lumière. Comme une grande fête de la couleur. Un ciel bienfaisant. Une géante guirlande de bienvenue. Visible du dessous, l’œuvre le sera aussi du dessus. Au premier étage. Par différents points de vue. Et deviendrait alors une sorte de foule bigarrée et plurielle. Une vague humaine en marche. Un mouvement de couleurs vers un ailleurs. Vers peut-être cet « Au-delà ». Mystérieux et prometteur.

À l’étage où se poursuit l’exposition, tout commence par quelques travaux intimes. Petites pièces tissées. Soudain précieuses dans leur format réduit. Presque comme des talismans. Légères et malicieuses. Puis vient la « Fugue » de 1969-70. Grande pièce de tissu, lin, coton et soie. Orgue céleste ouvrant elle aussi vers d’autres possibles. Et aussi ces bâtons d’une marche émerveillée. « Another break in the wall ». Élancée multicolore où les pigments teintent la fibre. Il faudra « Encore des ponts à traverser » pour parcourir un champ de jaune et d’orangé éclatants. Lumière vive d’un souvenir de Rothko. Peut-être. Ou d’un autre Vincent. Réminiscences possibles de l’Inde ou du Maroc.

« Au-delà » à nouveau quand les constellations multicolores de ces galets enserrés de fils de lin, de coton ou de fibres synthétiques s’accrochent comme des « Mémoires et des trophées ». Œuvre toute récente. Sheila Hicks donne à toutes ses œuvres des titres d’une grande poésie. Comme des rêves sublimés. D’autres chemins à suivre. Alors au détour des impressionnistes présents dans les collections du musée il faut tout à coup « Tremper dans un puit profond ». Force et violence des violets ébouriffés. Des bleu-gris en mèches et en tresses. Alors au détour des sublimes portraits de la peinture hollandaise du XVIIe s’attarder sur d’autres œuvres. Alors au détour des sculptures de marbre blanc trouver ces « Journées inoubliables » de 2026. Blanches. Pures. Douces.

Arthur Lefebvre

Crédit photo : © maxime dufour photographies ©ADAGP Paris 2026

REPÈRES DE L’EXPOSITION
Exposition
: Sheila Hicks – Au-delà
Artiste : Sheila Hicks
Commissariat : Juliette Singer et Julia Garimorth
Lieu : Palais des Beaux Arts de Lille
Adresse : Place de la République, Lille
Dates : Jusqu’au 8 mars 2027, selon les informations transmises
Site officiel : pba.lille.fr

POUR PROLONGER
Sheila Hicks prépare actuellement une importante rétrospective au Padiglione d’Arte Contemporaneo de Milan du 17 novembre 2026 au 14 février 2027 ainsi qu’une installation monumentale permanente au nouveau Guggenheim Museum Abu Dhabi, dont l’inauguration est prévue en décembre 2026.

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