Eric Gialis directeur du Théatre des Salins Martigues scéne nationale photo Jean Michel Blasco

À Martigues, Éric Gialis ouvre une nouvelle page pour Les Salins

Eric Gialis directeur du Théatre des Salins Martigues scéne nationale photo Jean Michel Blasco

La-chronique.fr – 17 Octobre 2026

Habiter ici, rencontrer l’ailleurs

Le ministère de la Culture a officialisé, le 15 octobre 2026, la nomination d’Éric Gialis à la direction des Salins, Scène nationale de Martigues. Une décision qui vient confirmer le parcours de celui qui connaît la maison depuis seize ans et en assurait la direction par intérim depuis 2023. Avec cinq artistes associés, un nouveau festival et une attention particulière portée aux habitants du territoire, son projet entend poursuivre le travail engagé sur les rives de l’étang de Berre, tout en ouvrant davantage la programmation à la création contemporaine internationale.

La nomination d’Éric Gialis à la direction des Salins n’a rien d’une arrivée en terre inconnue, puisqu’il y exerce des responsabilités depuis 2010, d’abord comme administrateur pendant treize années, puis à la tête de l’établissement par intérim à partir de 2023, après le départ de Gilles Bouckaert. Proposée à l’unanimité par le jury réuni le 23 septembre, sa candidature a reçu l’agrément de la ministre de la Culture, Catherine Pégard, en accord avec les collectivités partenaires.

Son parcours avait commencé au Maillon de Strasbourg, où il avait occupé les fonctions de chargé des relations publiques puis d’adjoint de direction entre 2000 et 2003, avant de rejoindre DSN, Scène nationale de Dieppe, comme administrateur de 2004 à 2010. Des fonctions qui l’ont conduit à travailler aussi bien sur les relations avec les publics que sur l’organisation et le fonctionnement d’établissements culturels, avant de rejoindre Martigues où il aura accompagné, pendant seize années, les différentes étapes de la vie des Salins.

Après seize années passées au sein des Salins, Éric Gialis connaît les équipes, les partenaires et les publics de cette Scène nationale dont il a accompagné les évolutions, une expérience qui devrait lui permettre d’aborder ses nouvelles responsabilités sans avoir à découvrir les réalités de l’établissement, même si les orientations annoncées devront désormais trouver leur traduction dans la programmation des prochaines saisons.

Habiter ici, rencontrer l’ailleurs

Le titre de son projet, Habiter ici, rencontrer l’ailleurs : le théâtre des Salins, une fabrique pour relier les vivants, en dit déjà beaucoup sur la place qu’Éric Gialis entend donner à cet établissement, dont la mission ne saurait se limiter à accueillir des spectacles sans chercher à entretenir des relations durables avec les habitants.

Sous la formule « l’autre, l’ailleurs, autrement », la programmation continuera d’accorder une large place aux écritures contemporaines, tandis qu’un focus international permettra, chaque saison, de découvrir la création artistique d’un autre pays. Une ouverture qui n’exclut nullement les compagnies de la région, puisque le projet prévoit au contraire de les accueillir dès les premières étapes de leur travail et de renforcer les liens avec les structures culturelles et associatives du territoire.

À travers les différentes propositions de son projet, Éric Gialis souhaite également que le théâtre puisse se fréquenter autrement que les seuls soirs de représentation, en multipliant les occasions de rencontrer les artistes et en donnant aux habitants la possibilité de prendre part à la vie de l’établissement, une ambition qui rejoint les missions des Scènes nationales tout en prenant un relief particulier à Martigues, compte tenu de l’histoire de la ville et de la diversité des publics du territoire.

Les Salins, trente ans de présence culturelle sur l’étang de Berre

Inauguré en 1995, le Théâtre des Salins occupe depuis plus de trente ans une place importante dans la vie culturelle de Martigues et des communes du pourtour de l’étang de Berre, sur un territoire où la proximité de Marseille ne suffit pas toujours à faciliter l’accès aux grandes institutions culturelles. Avec son architecture inspirée des théâtres à l’italienne, sa façade de pierre rose et sa grande salle d’environ 580 places, l’établissement s’est imposé comme l’un des lieux de diffusion du spectacle vivant dans les Bouches-du-Rhône, accueillant des artistes de renommée internationale aussi bien que des compagnies moins connues, dans une programmation où le théâtre et la danse côtoient le cirque, la musique et des propositions plus expérimentales.

La Scène nationale participe également à des collaborations avec d’autres structures culturelles de la région, notamment à travers Le Train Bleu, manifestation qui invite les spectateurs à découvrir plusieurs spectacles au cours de parcours organisés sur le territoire. Une manière de faire circuler les publics entre les lieux, dans cette partie des Bouches-du-Rhône où les déplacements restent parfois compliqués, particulièrement en soirée. Cette implantation donne aux Salins une responsabilité qui dépasse largement les limites de la commune, puisqu’ils permettent à des habitants de Martigues, de la Côte Bleue ou des villes voisines de découvrir des créations qu’ils devraient autrement aller chercher à Marseille, Aix-en-Provence ou plus loin encore.

Vice Versa, un nouveau festival en mars 2027

Parmi les initiatives annoncées, la création de Vice Versa, dont la première édition se déroulera du 11 au 20 mars 2027, devrait donner une première idée de la manière dont Éric Gialis souhaite renouveler les habitudes de fréquentation du théâtre. Le festival proposera des formes expérimentales et performatives, avec notamment des représentations organisées directement sur le plateau, devant un nombre réduit de spectateurs installés au plus près des artistes. Théâtre et danse pourront ainsi se succéder au cours de doubles ou triples plateaux, dans des conditions de représentation qui devraient modifier sensiblement le rapport habituel entre la scène et la salle.

Le programme complet, annoncé pour début janvier 2027, permettra de découvrir les artistes invités à participer à cette première édition, dont le principe repose autant sur la curiosité du public que sur la possibilité de découvrir des formes scéniques moins familières.

Cinq artistes associés pour accompagner la création

Le choix des cinq artistes qui accompagneront les prochaines saisons donne une indication sur les orientations artistiques défendues par Éric Gialis, avec les metteuses en scène Clara Hédouin et Lorraine de Sagazan, le chorégraphe et metteur en scène Ben Duke, ainsi que les chorégraphes Nacim Batou et Balkis Moutashar. Leurs démarches, différentes dans leurs écritures et leurs rapports au plateau, témoignent d’un intérêt pour des formes contemporaines du théâtre et de la danse, dont certaines interrogent directement la place du spectateur et les conventions de la représentation.

Parmi eux, Ben Duke n’est pas inconnu des lecteurs de La Chronique, qui avait suivi son spectacle The Last Hamlet après son passage au Festival d’Avignon, une proposition aussi exigeante que ludique dans laquelle le chorégraphe britannique jouait avec les codes du théâtre et les attentes du public.

L’accompagnement des artistes ne se limitera pas à ces cinq personnalités, puisque les compagnies régionales pourront également être accueillies dès les premières étapes de leurs créations, tandis qu’une cellule de compagnonnage, développée avec la compagnie de Nacim Batou, doit permettre à de jeunes chorégraphes de trouver un espace de travail et un soutien dans l’élaboration de leurs projets.

La danse au plus près des habitants

La place accordée à la danse se retrouve dans Danse à tous les étages !, dispositif qui sera développé avec les structures culturelles et associatives de Martigues et du pourtour de l’étang de Berre, et qui comprendra notamment une biennale de danse amateur. Les habitants pourront ainsi prendre part à un projet artistique sans nécessairement être des spectateurs habituels de la Scène nationale, en découvrant par la pratique des formes chorégraphiques qu’ils n’auraient peut-être pas spontanément choisi d’aller voir.

À Martigues, où les habitudes culturelles et les possibilités de déplacement peuvent varier considérablement d’un quartier ou d’une commune à l’autre, ce travail avec les associations et les structures de proximité devrait permettre d’élargir le cercle des participants, en faisant de la pratique chorégraphique une occasion de découvrir le théâtre et les artistes qui y travaillent.

Des places à petits prix et des navettes depuis Marseille

La question de l’accès aux spectacles ne se limite pas à la programmation, et Les Salins ont depuis longtemps développé une politique tarifaire qui mérite d’être soulignée, notamment pour les jeunes et les étudiants. Pour la saison 2026-2027, la carte Grain de sel, proposée à 5 € aux moins de 26 ans, aux étudiants et aux demandeurs d’emploi, permet de bénéficier de tarifs préférentiels sur les spectacles, avec des billets à 8, 10 ou 17 € selon les propositions. Des dispositifs complémentaires, parmi lesquels le pass Culture et des partenariats destinés aux étudiants, contribuent également à rendre la programmation plus accessible.

Éric Gialis entend poursuivre cette politique en développant les actions auprès des collégiens et des lycéens, tandis qu’un nouveau pass à tarif réduit pour les 18-26 ans figure parmi les mesures annoncées dans son projet.

Autre initiative particulièrement intéressante, des navettes sont proposées depuis Marseille pour certaines représentations, au tarif de 1 € par trajet, avec un départ boulevard Gustave-Desplaces, à proximité de la gare Saint-Charles, une heure et demie avant le spectacle. Les spectateurs peuvent réserver l’aller, le retour ou les deux, ce qui permet notamment à ceux qui ne disposent pas d’une voiture de rejoindre Martigues sans avoir à se préoccuper des difficultés du retour après une représentation et même si les navettes ne concernent encore qu’une sélection de spectacles, leur existence mérite d’être soulignée dans une région où les distances entre les villes restent relativement modestes, mais où les déplacements en soirée peuvent rapidement devenir compliqués, notamment pour les jeunes qui ne disposent pas d’un véhicule. Associée aux tarifs préférentiels et aux dispositifs de covoiturage, cette initiative facilite concrètement l’accès à une programmation qui ne s’adresse pas aux seuls habitants de Martigues.

Une nouvelle étape pour Les Salins

Après seize années passées aux Salins, Éric Gialis prend donc officiellement la direction d’un établissement dont il a accompagné une grande partie de l’histoire récente, avec un projet qui prolonge le travail engagé auprès des habitants tout en accordant une place nouvelle aux artistes associés et à la création internationale. Dès mars prochain, le festival Vice Versa permettra d’en découvrir les premières propositions, avant que les saisons suivantes ne donnent à cette nouvelle direction le temps de déployer ses ambitions.

Pierre Salles

Crédit photo : Jean Michel Blasco

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