
La-chronique.fr – 10 Octobre 2026
La jalousie meurtrière, la soif de pouvoir, la vanité tournée en ridicule. Avec « La Trilogie du désir – Verdi / Shakespeare », présentée les 9 et 10 octobre 2026 au Théâtre du Chêne Noir, dans le cadre de la Semaine italienne « Avignon, l’Italienne », Monica Casadei revisite trois opéras de Verdi inspirés de Shakespeare. Sa danse contemporaine donne aux passions humaines une force physique et une beauté parfois troublantes.
Une danseuse apparaît seule sur scène. Son corps se plie, se tord, se contracte dans une succession de mouvements qui traduisent les derniers instants d’une femme agonisante. Cette entrée saisissante nous plonge dans le dénouement d’« Otello », où le général vénitien, aveuglé par une jalousie attisée par Iago, assassine son épouse Desdémone, pourtant innocente. Un danseur à l’allure presque apollinienne la rejoint et soulève son corps désormais sans vie. La grâce de ce geste contraste avec la violence du meurtre et donne à la scène une beauté troublante. Le noir des costumes est rompu par le rouge d’une cagoule et d’un jupon. Autour de la figure masculine, les autres danseurs évoluent à l’unisson, dans une harmonie dont la puissance impressionne. Cette évocation du féminicide rejoint le travail que la chorégraphe mène depuis longtemps sur les violences faites aux femmes.
Avec « Macbeth », l’obsession du pouvoir remplace celle de la jalousie. Après l’assassinat du roi Duncan, les crimes et la culpabilité hantent Macbeth et Lady Macbeth. Vêtus de noir, les danseurs incarnent leurs démons intérieurs, tandis que Savino Paparella, enveloppé dans un long manteau vert aux motifs sombres et aux reflets dorés, impose une présence théâtrale saisissante. La fin du tableau offre l’un des moments les plus marquants du spectacle. Les danseurs se glissent sous son corps et le font progressivement avancer jusqu’au bord de la scène, dans un mouvement collectif d’une étonnante fluidité. Sa tête bascule en arrière, tandis qu’un faisceau de lumière blanche éclaire son visage. Cette scène d’une grande beauté évoque la chute d’un homme emporté par sa propre ambition.
« Falstaff » fait basculer le spectacle vers la comédie. Le chevalier vieillissant, sûr de son pouvoir de séduction, devient la victime des femmes qu’il croyait conquérir. Après la noirceur des deux premiers tableaux, les longs manteaux aux couleurs différentes et les robes bouffantes des danseuses apportent une fantaisie réjouissante. Les costumes accompagnent ainsi le passage de la tragédie à la dérision.
La musique contribue fortement à cette expérience. Les compositions de Fabio Fiandrini, aux sonorités parfois électriques et presque terrifiantes, font monter une tension que la douceur des airs de Verdi vient ensuite relâcher. Cette alternance se ressent physiquement et donne une intensité particulière aux mouvements. Créée à Parme pour dix-neuf danseurs, la trilogie était présentée à Avignon avec huit interprètes, sans perdre de sa puissance ni de sa précision.
Bien après avoir quitté le Chêne Noir, la mort de Desdémone, l’étrange déplacement des corps dans « Macbeth » et les couleurs de « Falstaff » restent en mémoire. Autant de scènes qui font de « La Trilogie du désir » une très belle réussite.
Béatrice Stopin
À lire également dans La Chronique, notre entretien avec Monica Casadei réalisé à l’issue de la représentation. (bientôt disponible)
La nostra recensione in italiano
Crédit photo Fabien Albertini
À retrouver également dans La Chronique, notre rencontre avec Monica Casadei, réalisée à l’issue de la représentation au Théâtre du Chêne Noir.
REPÈRES DU SPECTACLE
Titre : La Trilogie du désir – Verdi / Shakespeare
Discipline : Danse contemporaine
Chorégraphie et mise en scène : Monica Casadei
Compagnie : Artemis Danza (Italie)
Musique : Giuseppe Verdi et compositions originales de Fabio Fiandrini
Interprétation théâtrale : Savino Paparella
Œuvres adaptées : « Otello », « Macbeth » et « Falstaff »
Création originale : Teatro Regio de Parme, Italie
Distribution : 19 danseurs à la création, 8 pour la version présentée à Avignon
Costumes : Teatro Regio de Parme et son cours de haute couture
Lieu : Théâtre du Chêne Noir, Avignon
Date de représentation : 9 octobre 2026
Événement : 10e édition de la Semaine italienne « Avignon, l’Italienne »




Crédit photos : Roberto Ricci
« La trilogia del desiderio » quando le passioni diventano omicide.
La gelosia che conduce all’omicidio, la sete di potere, la vanità che sfocia nel ridicolo. Con « La Trilogia del desiderio – Verdi / Shakespeare », presentata il 9 e 10 ottobre 2026 al Théâtre du Chêne Noir di Avignone, nell’ambito della Settimana italiana « Avignon, l’Italienne », Monica Casadei rivisita tre opere di Giuseppe Verdi ispirate a Shakespeare. La sua danza contemporanea conferisce alle passioni umane una forza fisica e una bellezza talvolta inquietanti.
Una danzatrice appare sola sul palcoscenico. Il suo corpo si piega, si contorce e si contrae in una successione di movimenti che esprimono gli ultimi istanti di una donna agonizzante. Questa apertura di grande intensità ci immerge nel tragico epilogo di « Otello », in cui il generale veneziano, accecato dalla gelosia alimentata da Iago, uccide la moglie Desdemona, del tutto innocente. Un danzatore dalla figura quasi apollinea la raggiunge e solleva il suo corpo ormai privo di vita. La grazia del gesto contrasta con la violenza dell’omicidio, conferendo alla scena una bellezza struggente. Il nero dei costumi è interrotto dal rosso di un cappuccio e di una gonna. Attorno alla figura maschile, gli altri danzatori si muovono all’unisono, creando un’armonia di straordinaria potenza. Questa rappresentazione del femminicidio si inserisce nel percorso artistico che la coreografa porta avanti da anni sul tema della violenza contro le donne.
Con « Macbeth », l’ossessione del potere prende il posto della gelosia. Dopo l’assassinio di re Duncan, i crimini commessi e il senso di colpa tormentano Macbeth e Lady Macbeth. Vestiti di nero, i danzatori incarnano i loro demoni interiori, mentre Savino Paparella, avvolto in un lungo cappotto verde dai motivi scuri e dai riflessi dorati, impone una presenza scenica di grande intensità. Il finale di questo quadro offre uno dei momenti più suggestivi dello spettacolo. I danzatori scivolano sotto il suo corpo e lo fanno avanzare progressivamente fino al bordo del palcoscenico, in un movimento collettivo di sorprendente fluidità. La sua testa si rovescia all’indietro, mentre un fascio di luce bianca gli illumina il volto. Questa scena di straordinaria bellezza evoca la caduta di un uomo travolto dalla propria ambizione.
« Falstaff » conduce lo spettacolo verso la commedia. Il cavaliere ormai anziano, convinto del proprio fascino e delle sue capacità di seduzione, finisce vittima delle donne che credeva di conquistare. Dopo l’oscurità dei primi due quadri, i lunghi cappotti, ciascuno di un colore diverso, e gli ampi abiti delle danzatrici introducono una fantasia visiva vivace e gioiosa. I costumi accompagnano così il passaggio dalla tragedia all’ironia.
La musica contribuisce in modo determinante all’intensità dello spettacolo. Le composizioni di Fabio Fiandrini, caratterizzate da sonorità contemporanee, talvolta elettriche e quasi terrificanti, creano una tensione crescente che la dolcezza delle arie verdiane permette poi di sciogliere. Questa alternanza si avverte quasi fisicamente e conferisce particolare intensità ai movimenti. Creata a Parma per diciannove danzatori, la trilogia è stata presentata ad Avignone con un organico ridotto a otto interpreti, senza perdere nulla della propria forza espressiva e precisione coreografica.
Anche dopo aver lasciato il Théâtre du Chêne Noir, la morte di Desdemona, l’insolito movimento collettivo dei corpi in « Macbeth » e l’esuberanza cromatica di « Falstaff » rimangono impressi nella memoria. Scene che fanno de « La Trilogia del desiderio » una creazione di grande riuscita.
Béatrice Stopin
Da leggere anche su La Chronique, la nostra intervista a Monica Casadei, realizzata al termine della rappresentazione.




