Jazz en Seine 2026

Jazz sur Seine 2026 : quinze ans de musique et de découvertes dans les clubs parisiens

Jazz en Seine 2026

La-chronique.fr -09 Octobre 2026

Deux cents concerts, plus de 450 artistes et une trentaine de lieux répartis entre Paris et l’Île-de-France. Pour sa quinzième édition, qui se déroule du 9 au 24 octobre, Jazz sur Seine affiche une programmation particulièrement généreuse, à l’image de ces clubs qui, tout au long de l’année, font vivre le jazz loin des grandes scènes et des festivals estivaux. L’événement célèbre également les vingt ans de Paris Jazz Club, l’association organisatrice, et s’ouvre cette année davantage au cinéma ainsi qu’au jeune public. Une belle occasion de pousser la porte de ces établissements où l’on vient parfois écouter un musicien que l’on connaît déjà, mais où l’on fait aussi, et souvent par hasard, de magnifiques découvertes.

Les clubs, au cœur de la vie du jazz

Le jazz a toujours entretenu une relation privilégiée avec les clubs. C’est dans ces lieux, souvent modestes par leurs dimensions mais riches de leur histoire, que les musiciens peuvent éprouver de nouvelles compositions, retrouver leurs partenaires ou simplement laisser la musique prendre une direction qu’ils n’avaient pas envisagée. La proximité avec les spectateurs y contribue beaucoup. On distingue les échanges de regards entre les instrumentistes, les sourires lorsqu’un soliste s’aventure un peu plus loin que prévu, parfois même cette légère surprise qui traverse le visage d’un musicien lorsque son partenaire lui répond d’une manière inattendue.

À Paris, la rue des Lombards reste l’un des lieux emblématiques de cette activité. Le Duc des Lombards, le Baiser Salé et le Sunset-Sunside y accueillent depuis des années des artistes venus d’horizons très différents, tandis que d’autres établissements, dans la capitale et au-delà, participent à cette même effervescence. Le festival permet justement de mesurer la richesse de ce réseau, sans lequel bien des formations auraient davantage de difficultés à rencontrer leur public car la vie d’un club ne se résume pas aux concerts de quelques musiciens célèbres. Elle repose aussi sur les choix des programmateurs, leur curiosité et leur volonté de défendre des artistes encore peu connus. Il faut parfois prendre le risque d’une soirée moins fréquentée pour permettre à une formation de se produire, et accepter qu’un musicien ne remplisse pas immédiatement la salle pour lui donner le temps de construire son parcours.

Cette quinzième édition rassemble ainsi plusieurs générations et des esthétiques qui vont du jazz traditionnel aux formes les plus contemporaines, en passant par le blues, la soul, le funk et les musiques improvisées. Une diversité qui correspond assez bien à la réalité du jazz d’aujourd’hui, dont les frontières se déplacent au gré des rencontres et des influences.

Le Marathon Jazz, quinze concerts pour une soirée de découvertes

Le mardi 13 octobre, le festival retrouvera l’un de ses rendez-vous les plus intéressants, le Marathon Jazz, organisé avec l’Adami. Cinq clubs du quartier des Halles accueilleront quinze formations, réparties sur trois créneaux à 20 heures, 21 h 15 et 22 h 30. Chaque concert durera une quarantaine de minutes, laissant aux spectateurs la possibilité de changer de salle et de multiplier les découvertes au cours de la soirée.

Le principe est séduisant, d’autant que l’entrée est gratuite, sur réservation. On pourra notamment retrouver le Wajdi Riahi Trio, le Noé Huchard Trio, l’Adèle Viret Quartet, Knobil, le Mark Priore Trio ou encore No(W) Beauty, autant de propositions qui témoignent de la variété de la jeune scène actuelle. Pour les artistes, cette soirée représente aussi une occasion de se faire entendre par des professionnels français et étrangers, susceptibles de les programmer ailleurs. Le Marathon Jazz ne se limite donc pas à une succession de concerts courts. Il participe à cette circulation des musiciens qui demeure essentielle dans leur parcours, particulièrement lorsqu’ils cherchent à dépasser le cercle des établissements où ils se produisent habituellement. Quant au public, il peut s’offrir le plaisir de passer d’un univers musical à l’autre sans avoir à choisir une seule formation pour toute la soirée. Une formule qui devrait séduire les amateurs curieux, mais aussi ceux qui connaissent encore mal les clubs parisiens.

Le jazz s’invite au cinéma

Parmi les nouveautés de cette édition anniversaire, une programmation de films vient rappeler les liens anciens et parfois passionnés qu’entretiennent le jazz et le septième art. Les deux disciplines ont beaucoup à se raconter, depuis les bandes originales devenues célèbres jusqu’aux portraits de musiciens dont les vies ont inspiré les réalisateurs. La sélection fait notamment une place à Bird, le film de Clint Eastwood consacré à Charlie Parker, à Whiplash de Damien Chazelle, qui explore les rapports parfois violents entre un jeune batteur et son professeur, ainsi qu’à Paris Blues de Martin Ritt, avec Paul Newman et Sidney Poitier dans les rôles de deux musiciens américains installés à Paris.

D’autres œuvres viennent élargir ce parcours, parmi lesquelles Django d’Étienne Comar, New York, New York de Martin Scorsese ou encore The Blues Brothers de John Landis. La présence du documentaire Soundtrack to a Coup d’État, consacré aux relations entre jazz, politique et décolonisation, apporte un éclairage différent sur une musique qui a aussi accompagné les grands bouleversements du XXe siècle. Ces projections sont réparties dans plusieurs cinémas, notamment la Filmothèque du Quartier Latin, le Studio 28 et les 3 Luxembourg. Elles offrent la possibilité de retrouver certains films sur grand écran, mais aussi de s’interroger sur la manière dont le cinéma représente les musiciens, leur travail et les difficultés auxquelles ils se heurtent. La vie d’un jazzman ne ressemble pas toujours à celle que racontent les films, et c’est peut-être aussi ce qui rend ces confrontations intéressantes.

Une place pour les plus jeunes

Jazz sur Seine a également prévu plusieurs rendez-vous destinés aux enfants. Au Sunset, les séances Jazz & Goûter autour de l’univers de Walt Disney proposeront une approche familière de cette musique, tandis que le JASS Club accueillera notamment un atelier et un ciné-concert. D’autres propositions sont annoncées au 38Riv, avec des spectacles et des séances d’éveil musical. et l’initiative est bienvenue, le jazz souffre encore parfois d’une réputation de musique difficile, réservée à ceux qui en connaissent les codes et les grandes figures. Pourtant, le rythme, le jeu collectif et l’improvisation peuvent éveiller très tôt la curiosité des enfants, surtout lorsqu’ils découvrent les instruments et les musiciens à quelques mètres d’eux. Il n’est pas nécessaire de comprendre une grille harmonique pour apprécier un dialogue entre une contrebasse et un piano, ni de connaître l’histoire du swing pour avoir envie de suivre le rythme. Ces premiers contacts peuvent même donner le goût d’aller plus loin, en découvrant un instrument ou en revenant écouter un concert.

Vingt ans pour Paris Jazz Club, quinze pour Jazz sur Seine

L’anniversaire du festival coïncide avec les vingt ans de Paris Jazz Club, dont le travail dépasse largement l’organisation de ces deux semaines de concerts. L’association contribue à fédérer les établissements et à faire connaître leurs programmations, dans un environnement où les petites salles doivent constamment trouver leur place face aux grandes manifestations musicales. Le festival permet de rappeler leur importance, mais aussi de prendre la mesure de ce qu’elles représentent pour les musiciens. Un artiste peut enregistrer un album, bénéficier d’une certaine reconnaissance et pourtant éprouver des difficultés à trouver suffisamment de concerts pour faire vivre son projet. Les clubs constituent alors des lieux précieux, où une formation peut évoluer, se confronter au public et parfois rencontrer les personnes qui lui permettront de jouer ailleurs. On pense naturellement aux grandes figures du jazz qui ont marqué l’histoire de ces établissements, mais leur avenir dépend tout autant de la place qu’ils sauront réserver aux nouvelles générations. C’est là que se joue une partie de la vitalité de cette musique, dans la possibilité offerte à des artistes de se produire régulièrement et de défendre leurs compositions devant des spectateurs.

Avec cette quinzième édition, Jazz sur Seine met en lumière une activité qui se poursuit bien au-delà du mois d’octobre. Le festival achevé, les clubs reprendront leur programmation habituelle, les musiciens continueront de s’y retrouver et les amateurs pourront revenir écouter ceux qu’ils auront découverts pendant ces deux semaines. Reste peut-être le meilleur conseil à donner à ceux qui hésitent encore à entrer dans un club de jazz : ne pas toujours choisir une soirée en fonction d’un nom connu. Les plus belles surprises se trouvent parfois derrière une porte que l’on pousse presque par curiosité.

Pierre Salles

Crédit photo : Jazz en Seine

REPÈRES DU FESTIVAL
Festival
: Jazz sur Seine, 15e édition
Dates : du 9 au 24 octobre 2026
Lieux : Paris et Île-de-France, environ 30 lieux participants
Organisation : Paris Jazz Club, qui célèbre ses 20 ans
Programmation : 200 concerts, plus de 450 artistes
Disciplines : jazz, blues, soul, funk, fusion et musiques improvisées
Marathon Jazz : mardi 13 octobre, quinze concerts dans cinq clubs du quartier des Halles, à 20 h, 21 h 15 et 22 h 30. Entrée gratuite sur réservation, dans la limite des places disponibles.
Nouveautés 2026 : programmation Jazz & Cinéma et rendez-vous jeune public
Programme et réservations : https://www.parisjazzclub.net/fr/events/festival-jazz-sur-seine-2026

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