
La-chronique.fr – 05 Octobre 2026
Du 7 octobre 2026 au 22 janvier 2027, le Louvre place une partie de sa programmation culturelle sous le signe de l’Espagne. Autour des expositions consacrées à Zurbarán et à la sculpture espagnole du XVIIe siècle, Rossy de Palma, Jordi Savall, Angélica Liddell, Israel Galván ou encore la Comédie-Française sont invités à faire vivre autrement les œuvres et les espaces du musée.
Un tableau peut appeler une musique, un film prolonger le regard d’un peintre, un danseur faire résonner autrement un lieu que des milliers de visiteurs traversent chaque jour. Avec L’Espagne au Louvre, le musée tente précisément ces rapprochements et construit, du 7 octobre au 22 janvier, une saison qui déborde largement le cadre de ses salles d’exposition. Le point de départ est pourtant bien là, dans le Hall Napoléon, avec deux expositions présentées simultanément jusqu’au 25 janvier. La première est consacrée à Francisco de Zurbarán, dont l’œuvre n’avait plus fait l’objet d’une présentation internationale de cette ampleur depuis la rétrospective du Metropolitan Museum of Art et du Grand Palais en 1987-1988. La seconde, Sculpter la couleur, rassemble vingt-trois sculptures prêtées par le Museo Nacional de Escultura de Valladolid. Ces figures religieuses en bois polychromé permettent notamment de mesurer à quel point peinture et sculpture pouvaient partager, dans l’Espagne du XVIIe siècle, le même goût pour les corps, les matières et un naturalisme parfois saisissant. À partir de ce socle, le Louvre ouvre les portes. L’Auditorium Michel-Laclotte, la Pyramide et certaines salles du musée deviennent à leur tour des lieux de cinéma, de théâtre, de danse et de musique. Une trentaine de rendez-vous sont annoncés pendant près de quatre mois.
Rossy de Palma choisit son Espagne de cinéma
Dès le 9 octobre, Rossy de Palma ouvre sa carte blanche cinéma. Pendant deux week-ends, l’actrice dessine son propre parcours à travers le cinéma espagnol, sans chercher à en raconter toute l’histoire. La soirée d’ouverture commence par une rencontre avec le public avant Sevillanas de Carlos Saura. Suivront notamment Viridiana de Luis Buñuel, Kika de Pedro Almodóvar, Jamón, jamón de Bigas Luna, Le Bourreau de Luis García Berlanga ou L’Esprit de la ruche de Víctor Erice. Rossy de Palma présentera elle-même plusieurs séances. Ce choix de dix films évite justement l’exercice de la rétrospective exhaustive. Il raconte une Espagne de cinéma plus personnelle, traversée par le burlesque, le désir, la transgression et quelques-uns des cinéastes qui ont profondément marqué son histoire.
Angélica Liddell face au baroque espagnol
Le 21 octobre, Angélica Liddell viendra parler de Zurbarán et de son rapport au baroque espagnol lors d’une rencontre intitulée El barroco en la sangre – Le Baroque dans le sang. Le rapprochement est particulièrement stimulant. L’autrice, metteuse en scène et performeuse travaille depuis longtemps sur les corps, la violence, la foi, la mort ou le désir, avec un théâtre où la beauté n’efface jamais ce qu’elle peut avoir de dérangeant. Face aux figures de Zurbarán, ce dialogue promet donc autre chose qu’une simple rencontre autour d’une exposition. Olivia Gesbert conduira l’échange, qui accompagne également la parution chez Gallimard de Je demande à en finir avec la vie.
La Comédie-Française revient aux sources de Don Juan
Le théâtre trouvera également sa place dans cette saison. Le 6 novembre, la Comédie-Française donnera à l’Auditorium une lecture intégrale de L’Abuseur de Séville de Tirso de Molina, accompagnée de musiciens. La date et l’horaire, 19 h 30, figurent également dans la programmation publiée par la Comédie-Française. Écrit dans l’Espagne du Siècle d’or, le texte est l’une des œuvres fondatrices du mythe de Don Juan et précède le Dom Juan que Molière créera en 1665. L’entendre au Louvre, au milieu d’une saison construite autour de Zurbarán et de la création espagnole du XVIIe siècle, replace ainsi le personnage dans le monde qui l’a vu naître. Ce rendez-vous marque aussi le début d’un compagnonnage entre le Louvre et la Comédie-Française, appelé à se poursuivre au cours de la saison avec d’autres lectures liées aux expositions du musée.
Israel Galván fait entrer le flamenco sous la Pyramide
Le changement d’échelle arrivera en décembre. Du 8 au 13, le Grand Week-end Espagne investira l’Auditorium et les salles du musée, avec une ouverture confiée à Israel Galván. Le 8 décembre, le chorégraphe et danseur de flamenco donnera sous la Pyramide une création imaginée pour le Louvre. Deux représentations sont prévues, à 19 h et 21 h 30. Entouré de palmeros venus d’Andalousie, Galván confrontera son flamenco au volume spectaculaire du lieu, avant que les deux expositions ne restent exceptionnellement accessibles aux spectateurs à l’issue de la représentation.
Le Grand Week-end poursuivra ces croisements jusqu’au 13 décembre. On y retrouvera notamment Rodrigo Cuevas, qui mêle traditions asturiennes, cabaret et performance. Son concert Al pie del llar, programmé le 12 décembre, prendra la forme plus intime d’une veillée à l’Auditorium.
De Zurbarán jusqu’à la viole de Jordi Savall
La musique accompagnera la saison dès son ouverture. Le 7 octobre, l’Ensemble Cantoria fera entendre un programme lié aux musiques de l’époque de Zurbarán. Le 25 novembre, Arcángel et le Quatuor Diotima confronteront le flamenco aux écritures contemporaines, avant que Tanguy de Williencourt ne fasse entendre Granados et Mompou le 4 décembre. Puis viendra Jordi Savall. Le 13 janvier, avec des musiciens d’Hespèrion XXI, le gambiste proposera Séville entre mondes et mers, un voyage qui suit les circulations de la musique espagnole, de ses héritages arabes à ses prolongements dans le Nouveau Monde. Le concert sera enregistré par France Musique.
Thibaut Garcia et ses invités refermeront le cycle musical le 22 janvier.
Pendant près de quatre mois, le Louvre ne cherche donc pas seulement à célébrer l’Espagne. Il fait circuler les œuvres et les époques, de Zurbarán à Israel Galván, du Siècle d’or à Rossy de Palma, de Tirso de Molina à Angélica Liddell. La peinture reste le point de départ, mais elle cesse d’être un monde silencieux : autour d’elle, les corps dansent, les acteurs lisent, les musiciens jouent et le cinéma rallume ses images.
Pierre Salles
Crédits photos : Rossy de Palma © Carlos Ruizc (2025) / Jordi Savall © 2015, Hervé Pouyfourcat / Rodrigo Cuevas © Bernardo Baragaño / Israel Galván au Louvre © 2026, Musée du Louvre / Maria-Helena Buckley.
REPÈRES
L’ESPAGNE AU LOUVRE
Dates : du 7 octobre 2026 au 22 janvier 2027
Lieu : musée du Louvre, Paris
Espaces : Auditorium Michel-Laclotte, salles du musée et Pyramide
Au programme : concerts, cinéma, spectacles, danse et rencontres
Expositions associées : Zurbarán 1598-1664 et Sculpter la couleur – Chefs-d’œuvre du Musée National de Sculpture, Valladolid
Expositions : du 7 octobre 2026 au 25 janvier 2027, Hall Napoléon
Grand Week-end Espagne : du 8 au 13 décembre 2026
Tarifs des manifestations : de 5 € à 38 €
Programmation : direction de l’Auditorium et des Spectacles du musée du Louvre




