L’Amour vainqueur d’Olivier Py au Gymnase du lycée Mistral – Festival d’Avignon 2019

« L’Amour vainqueur » : Olivier Py répond à la guerre par l’enchantement

L’Amour vainqueur d’Olivier Py au Gymnase du lycée Mistral – Festival d’Avignon 2019

La-chronique.fr – 13 juillet 2019

FESTIVAL D’AVIGNON. « L’amour vainqueur » – Texte, mise en scène et musique : Olivier Py – du 5 au 13 juillet (15h et 20h) au Gymnase du lycée Mistral – Théâtre jeune public à partir de 9 ans.

Une princesse enfermée dans une tour parce qu’elle refuse de renoncer à son amour, un prince que la guerre croit avoir défiguré, un général qui ne connaît que la destruction, un jardinier et une fille de vaisselle : Olivier Py pourrait se contenter de raconter un conte. Avec « L’Amour vainqueur », il en fait une petite opérette politique, légère dans sa forme mais jamais naïve dans ce qu’elle regarde. Au Gymnase du lycée Mistral, une heure suffit pour parler de guerre, de désir, d’écologie et de liberté sans jamais oublier que le théâtre peut aussi être une fête.

Le point de départ vient de « Demoiselle Maleen » des frères Grimm, dont Olivier Py conserve surtout le canevas. Une jeune fille refuse le mariage décidé par son père et se retrouve enfermée pendant sept années. Lorsqu’elle retrouve enfin la liberté, le monde qu’elle connaissait a disparu. La guerre est passée par là. Son royaume n’est plus qu’un territoire ravagé et celui qu’elle aimait semble perdu. À partir de cette situation sombre, Py choisit pourtant la fantaisie. Les personnages chantent, se travestissent, changent de rôle et avancent dans une langue en alexandrins blancs qui ne cherche jamais la solennité. Le texte conserve le goût de l’auteur pour les grandes questions — que peut l’amour face à la violence, comment résister à la fatalité, quel monde transmettre aux enfants ? — mais les fait passer par le plaisir immédiat du jeu.

La scénographie de Pierre-André Weitz participe pleinement à cette légèreté. L’espace se transforme à vue, comme un théâtre de tréteaux qui aurait décidé de fabriquer un royaume avec ce qu’il trouve sous la main. Les costumes et les maquillages assument la convention et donnent aux personnages quelque chose de la marionnette ou du cabaret. Rien ne prétend être vrai, et c’est précisément ce qui permet au spectacle de parler très directement du réel.

Clémentine Bourgoin donne à la princesse une énergie qui évite toute image de jeune fille attendant passivement qu’un prince vienne la sauver. Son désir est le moteur du récit. Pierre Lebon et Flannan Obé jouent avec la même liberté les figures masculines, tandis qu’Antoni Sykopoulos accompagne au piano et participe pleinement à cette mécanique musicale où acteurs et musiciens ne cessent de se répondre. La musique composée par Olivier Py et arrangée par Antoni Sykopoulos est essentielle. « L’Amour vainqueur » n’est pas une pièce agrémentée de chansons : le chant est l’un des moyens par lesquels les personnages résistent au monde qui les entoure. Lorsque tout semble détruit, chanter devient déjà une manière de refuser la victoire du général et de ceux qui voudraient faire de la guerre une fatalité.

Le spectacle s’adresse aux enfants à partir de neuf ans, mais Py ne leur fabrique jamais un monde édulcoré. Il parle de destruction, de misère, de domination et de personnes rejetées ou déplacées par les conflits. Il fait confiance aux jeunes spectateurs pour entendre ces réalités, tout en leur donnant la distance du conte, de l’humour et de la musique. Les adultes, eux, n’ont guère de difficulté à reconnaître derrière le royaume dévasté quelques-unes de nos inquiétudes contemporaines mais cette volonté de faire tenir beaucoup de choses en une heure constitue aussi la petite faiblesse du spectacle. Certaines idées passent à toute vitesse et quelques personnages restent volontairement proches de l’archétype. Mais cette simplicité appartient au genre choisi. Py ne cherche ni la psychologie réaliste ni la démonstration politique : il construit une fable où les positions doivent être immédiatement lisibles pour que la musique et le jeu puissent les déplacer. Le plaisir vient alors surtout de la cohérence de l’ensemble. Tout semble artisanal et pourtant tout est extrêmement précis : le décor mobile, les changements de costumes, les lumières de Bertrand Killy, les chansons et le rythme des acteurs. Cette modestie revendiquée donne au spectacle une liberté que les grandes machines de festival perdent parfois. Ici, le théâtre ne cherche pas à impressionner par sa taille mais par sa capacité à transformer quelques planches en monde possible.

« L’Amour vainqueur » porte donc un titre qui pourrait sembler terriblement candide. Olivier Py l’assume jusqu’au bout. Face à la guerre, au désastre et aux fatalités que les adultes présentent trop souvent comme inévitables, il choisit l’amour, le désir, le théâtre et le chant. Ce n’est évidemment pas un programme politique. C’est peut-être mieux : une heure d’enchantement qui rappelle aux enfants comme aux adultes que l’imaginaire sert aussi à refuser le monde tel qu’on prétend nous l’imposer.

Pierre Salles

Photo © Christophe Raynaud de Lage

REPÈRES DU SPECTACLE
Inspiration
: « Demoiselle Maleen » des frères Grimm
Texte, mise en scène et musique : Olivier Py
Avec à la création avignonnaise : Clémentine Bourgoin, Pierre Lebon, Flannan Obé, Antoni Sykopoulos
Scénographie, costumes et maquillage : Pierre-André Weitz
Lumière : Bertrand Killy
Arrangements musicaux : Antoni Sykopoulos
Construction du décor : Ateliers du Festival d’Avignon
Confection des costumes : Ateliers de l’Opéra de Limoges
Lieu : Gymnase du lycée Mistral – Festival d’Avignon 2019
Création : 5 juillet 2019 – 73e Festival d’Avignon
Durée officielle : 1 h
Public : À partir de 9 ans
Forme : Opérette en cinq actes, en alexandrins blancs