Femmage – et interprétation Chloé Bégou – Off Avignon 2026

« Femmage » : quand les mots, les corps et les images prennent position

Femmage – et interprétation Chloé Bégou – Off Avignon 2026

La-chronique.fr – 15 juillet 2026

« Femmage » – Mise en scène et interprétation Chloé Bégou – Le Train bleu – du 4 au 22 juillet 2026 les jours pairs – 16h30 durée 1h.

Avec Femmage, les disciplines se rencontrent et se répondent pour porter des récits de femmes. Théâtre, musique et dessin en direct composent une proposition scénique foisonnante, dans laquelle les mots ne sont jamais seuls. Ils sont accompagnés par le geste, le trait et le rythme, parfois même bousculés par eux.

Sur scène, trois artistes investissent chacune un langage différent. Chloé Bégou porte les textes de sept auteurices, Yuko Oshima construit un univers musical à partir de la batterie, de la voix et de plusieurs instruments, tandis que Clara Chotil dessine en direct. De cette association naît un spectacle engagé qui aborde le féminisme à travers des histoires intimes, des parcours de vie et des expériences singulières.

La singularité de Femmage tient d’abord à cette construction dans laquelle aucune discipline ne semble avoir été pensée comme un simple accompagnement. Les dessins de Clara Chotil apparaissent progressivement sous les yeux du public, se transforment au fil des récits et installent un autre niveau de lecture. Le dessin ne cherche pas nécessairement à reproduire ce qui vient d’être dit : il prolonge une émotion, accompagne une idée ou ouvre un nouvel espace à l’imaginaire.

La musique de Yuko Oshima occupe également une place importante dans cette construction. Batterie, chant et instruments rythment les récits et leur donnent une dimension parfois presque physique. Les sons accompagnent les changements d’atmosphère, soulignent les tensions et participent pleinement à l’énergie qui traverse le spectacle.

Entre ces deux univers, Chloé Bégou fait entendre plusieurs voix sans chercher à les fondre dans une seule. Le jeu, les changements de rythme et les variations d’intensité permettent de passer d’un récit à l’autre tout en préservant leur singularité. Trois artistes sont présentes sur le plateau, mais ce sont finalement de nombreuses voix de femmes qui trouvent leur place sur scène. De l’intime pour raconter des questions profondément politiques

Les textes abordent le genre, l’exil, l’émancipation, les injonctions ou encore les différentes formes de transgression auxquelles les femmes peuvent être confrontées. Pourtant, Femmage ne se construit pas comme une démonstration théorique sur le féminisme. Le spectacle choisit de partir des histoires et des expériences individuelles. Derrière les grandes questions liées à la place des femmes apparaissent ainsi des parcours, des blessures, des choix et des résistances, mais également cette volonté commune de pouvoir décider de sa vie et de la place que l’on souhaite occuper.

L’engagement féministe de Femmage réside autant dans les textes que dans la manière de les porter sur scène. Les trois artistes occupent pleinement l’espace et leurs disciplines respectives participent à rendre visibles et audibles des paroles qui ont longtemps été reléguées au second plan. Une richesse scénique qui peut parfois détourner des mots

Cette profusion artistique constitue toute l’originalité de Femmage, mais elle en révèle également l’une des limites. La musique possède une puissance telle qu’elle peut, à certains moments, prendre le dessus sur les textes, particulièrement lorsque le spectateur se trouve installé à proximité immédiate de la scène. Le regard est également sollicité par les dessins qui prennent forme en direct. L’attention doit alors naviguer entre les mots de Chloé Bégou, l’univers sonore de Yuko Oshima et les créations de Clara Chotil. Cette superposition permanente stimule les sens, mais elle peut aussi empêcher certaines phrases de trouver tout l’espace nécessaire pour résonner.

Quelques respirations supplémentaires ou des moments de silence auraient parfois permis aux textes de s’imposer davantage. Certaines paroles possèdent suffisamment de force pour ne pas avoir besoin d’être constamment accompagnées par une autre forme artistique. Ce léger déséquilibre n’enlève cependant rien à la cohérence générale d’une création qui revendique précisément le mélange des disciplines et une forme d’effervescence scénique. Un spectacle engagé qui assume pleinement sa forme. Femmage ne cherche ni la neutralité ni la discrétion. La création portée par Chloé Bégou assume son engagement féministe et fait du croisement entre théâtre, musique et dessin le cœur même de sa proposition artistique.

La complémentarité des trois interprètes donne au spectacle son identité et permet aux récits de dépasser la seule parole théâtrale. Images, sons, gestes et mots finissent par composer une matière commune, parfois dense, mais toujours vivante. Si certains textes auraient gagné à bénéficier de davantage de silence, Femmage reste une proposition scénique singulière, visuellement forte et généreuse, qui réussit surtout à faire entendre une pluralité de voix sans chercher à les enfermer dans un discours unique.

Un spectacle qui rappelle que parler des femmes ne signifie pas raconter une histoire commune, mais faire entendre la diversité de leurs histoires.

Béatrice Stopin

REPÈRES DU SPECTACLE
Texte / auteur : Béatrice Bienville, Sophie Fillières, Marie-Do Fréval, Elios Levy, Nicole M. Ortega, Barbara Métais-Chastanier, Douce Mirabaud
Mise en scène : Chloé Bégou
Distribution : Chloé Bégou (performance)
Scénographie / décor : Chloé Bégou, Antoine Noirant
Son / musique : Yuko Oshima
Costumes : Léa Decants
Compagnie / production : Cie Bakakaï
Lieu : Théâtre du Train Bleu – Salle 1, Avignon
Festival / saison : Festival Off Avignon 2026
Dates : 4 au 22 juillet 2026, jours pairs, à 16h30
Durée : 1h