
La-chronique.fr – Jazz à Sète , l’édition 2026
Et l’histoire possède en 2026 une jolie manière de boucler la boucle. Après avoir passé quatre décennies à inviter les autres, Louis Martinez retrouve lui-même la scène avec Influences Vol.2. Le directeur artistique redevient guitariste et rejoint, le temps d’un concert, cette histoire qu’il a largement contribué à écrire.
Pour cette édition organisée du 15 au 21 juillet, la programmation résume presque à elle seule la philosophie du festival : regarder derrière soi sans jamais cesser d’avancer.
L’ouverture avec Esprit Django rappelle d’abord l’une des racines essentielles du jazz européen. Autour de l’héritage de Django Reinhardt se retrouvent plusieurs générations de musiciens. L’enjeu n’est pas de conserver cette musique sous cloche mais de montrer tout ce qu’elle continue de produire près d’un siècle après ses premières fulgurances.
Le lendemain, Samara Joy représente presque l’autre extrémité de cette histoire. Venue du Bronx et révélée notamment par le concours Sarah Vaughan avant d’être récompensée aux Grammy Awards, elle appartient à cette génération qui revient vers la grande tradition du chant jazz sans donner l’impression de la reproduire. À seulement quelques années d’intervalle, elle est devenue l’une des voix majeures de la nouvelle scène américaine.
La voix sera d’ailleurs l’un des fils rouges de cette édition. Selah Sue, accompagnée de Stéphane et Elvin Galland, apporte un univers où soul, groove et jazz contemporain se rencontrent. Cécile McLorin Salvant, elle, possède cette capacité rare à plonger très loin dans l’histoire du jazz vocal tout en donnant à chaque morceau une couleur immédiatement personnelle.
Le 18 juillet, le Théâtre de la Mer retrouve Diana Krall. Pianiste autant que chanteuse, elle appartient depuis longtemps à ce cercle très restreint d’artistes capables de toucher un public considérable sans abandonner les exigences musicales du jazz. Son retour à Sète fait naturellement partie des grands rendez-vous de cette édition.
Le lendemain, place à Robben Ford. Cinq décennies de carrière, des collaborations avec Miles Davis, Joni Mitchell, George Harrison et bien d’autres, mais surtout un son immédiatement identifiable. Ford occupe depuis toujours cette frontière passionnante entre jazz et blues. Son sens de l’harmonie, son phrasé et cette manière de ne jamais jouer une note de trop devraient trouver dans la proximité du Théâtre de la Mer un écrin particulièrement favorable. En 2026, il arrive également avec un nouvel album, Two Shades of Blue.
La scène française n’est pas oubliée. Ludivine Issambourg apporte sa flûte, son goût du groove et une approche qui fait elle aussi éclater les frontières. Jessie Lee & The Alchemists, Naïma Quartet, The Getdown, Antoine Boyer et Yeore Kim participent à cette photographie volontairement large d’un jazz qui continue de se transformer.
Et puis Louis Martinez retrouvera sa guitare avec Influences Vol.2. Difficile de ne pas voir dans ce concert un symbole : quarante et un ans après les premières soirées de 1985, celui qui a imaginé le festival rejoint à son tour la programmation qu’il construit depuis toutes ces années.
Pour refermer cette semaine, Eliane Elias semble presque une évidence. Pianiste, chanteuse et compositrice brésilienne récompensée par plusieurs Grammy et Latin Grammy Awards, elle fait dialoguer depuis toujours jazz et musique brésilienne. Le 21 juillet, lorsque ses dernières notes se perdront dans la nuit méditerranéenne, une nouvelle page de Jazz à Sète se refermera.
Mais certainement pas la dernière.
Car c’est finalement peut-être cela qui distingue ce festival de beaucoup d’autres. Bien sûr, il y a les grands noms. Bien sûr, il y a cette programmation qui a permis de voir passer Ray Charles, Petrucciani, Hancock, Corea, Metheny et tant d’autres. Mais il y a surtout une fidélité à une idée très simple : le jazz reste vivant précisément parce qu’il ne cesse de changer.
Louis Martinez l’avait probablement compris dès 1985.
On viendra cette année pour Diana Krall, Robben Ford, Samara Joy, Cécile McLorin Salvant, Selah Sue, Ludivine Issambourg ou Eliane Elias. Puis, au milieu d’un morceau, le regard quittera peut-être la scène quelques secondes pour se poser sur la Méditerranée derrière les musiciens.
Et l’on se souviendra alors que certains concerts ne pourraient tout simplement pas avoir lieu ailleurs.
À Sète, pendant quelques nuits de juillet, le jazz ne joue pas seulement face au public. Il joue face à la mer.
Pierre Salles
Photos Copyright : Pierre Salles




