Rencontres de la photographie d’Arles 2026

Les Rencontres de la photographie d’Arles 2026

Plus de cinquante ans au service de la photographie

Lorsque les Rencontres d’Arles voient le jour en 1970, la photographie peine encore à être reconnue comme un art à part entière. Trois passionnés font alors le pari de lui offrir un espace d’expression et de rencontre, le photographe arlésien Lucien Clergue, l’écrivain Michel Tournier et l’historien Jean-Maurice Rouquette. Dès l’origine, les œuvres trouvent dans le patrimoine arlésien un écrin singulier.

D’abord rendez-vous de photographes, d’amateurs et de professionnels, le festival prend rapidement de l’ampleur. Au fil des éditions, il accueille de grands noms de la photographie internationale tout en révélant de nouveaux talents, participant ainsi à la reconnaissance de la photographie comme un art majeur.

Aujourd’hui, les Rencontres attirent chaque été artistes, professionnels et visiteurs venus du monde entier. Les expositions investissent de nombreux lieux de la ville et ont contribué à faire d’Arles l’une des références internationales de la photographie.

Quand la ville devient un musée à ciel ouvert

La singularité des Rencontres d’Arles tient aussi à leur manière d’investir la ville. Loin de se concentrer dans un lieu unique, les expositions prennent possession d’anciens sites industriels, d’édifices religieux, d’hôtels particuliers ou de bâtiments réhabilités. À Arles, patrimoine et photographie dialoguent, transformant la visite en une véritable déambulation culturelle.

Le Parc des Ateliers, où se déploie aujourd’hui LUMA Arles, en est l’un des exemples les plus spectaculaires. Cet ancien site ferroviaire du XIXᵉ siècle est devenu un vaste campus culturel où se côtoient patrimoine industriel, jardins paysagers et architecture contemporaine. Au-delà de la célèbre tour de Frank Gehry, les anciennes halles et les espaces extérieurs participent pleinement à l’expérience.

Dans le centre historique, les ambiances changent au fil des lieux. L’Espace Van Gogh, ancien Hôtel-Dieu où séjourna le peintre en 1888, séduit par son cloître et son jardin. Le musée Réattu poursuit quant à lui un dialogue ancien entre art et photographie, tandis que la Fondation Manuel Rivera-Ortiz, installée dans un hôtel particulier de la rue de la Calade, défend une photographie documentaire engagée.

Plus inattendu, l’Espace Monoprix s’est lui aussi imposé parmi les lieux des Rencontres. Enseigne emblématique du paysage urbain français, Monop’ voit ici son univers familier détourné au profit de la photographie. L’espace accueille notamment le Prix Découverte Fondation Louis Roederer, consacré aux talents émergents.

Des maîtres de la photographie aux talents de demain

Les Rencontres d’Arles cultivent un équilibre entre les photographes mondialement reconnus et la découverte de nouveaux auteurs. Au fil des éditions, Robert Frank, William Klein, Nan Goldin, Raymond Depardon, Martin Parr, Cindy Sherman, Annie Leibovitz ou encore Sebastião Salgado y ont présenté leurs travaux.

Mais le festival regarde aussi vers l’avenir. Prix, résidences, lectures de portfolios et programmes dédiés à la jeune création permettent chaque année de mettre en lumière de nouveaux photographes et de nouvelles écritures de l’image. Ce dialogue entre artistes consacrés et talents émergents fait toute la richesse des Rencontres d’Arles où la photographie célèbre son histoire tout en continuant à s’inventer.

L’édition 2026 : « Des mondes à relire »

Du 6 juillet au 4 octobre 2026, la 57ᵉ édition des Rencontres d’Arles se place sous le thème « Des mondes à relire ». À l’heure où des milliers d’images défilent chaque jour sur nos écrans, le festival invite au contraire à ralentir, à observer et à interroger ce que les photographies racontent réellement.

La programmation 2026 accorde une place importante à l’Afrique et aux mémoires de la décolonisation. Ghana ! Rêver l’indépendance 1957–1976 revient sur les années qui suivent l’indépendance du pays, tandis que Paul Kodjo, Sammy Baloji ou Katia Kameli questionnent, chacun à leur manière, les héritages, les territoires et la manière dont l’histoire se raconte par l’image.

Cette édition fait également dialoguer des figures reconnues de la photographie avec des écritures plus contemporaines. William Klein est présent avec This Way to Heaven [Par ici le paradis], Harry Gruyaert avec A Sense of Place [Le sens du lieu], Ming Smith avec Lueur nomade et Martine Barrat avec Soul of the City [L’âme de la ville]. Autant de regards différents qui rappellent la diversité de la photographie et de ses langages.

Les nouvelles générations ne sont pas oubliées. Le Prix Découverte Fondation Louis Roederer, ainsi que les dispositifs consacrés à la jeune création, prolongent cette volonté de faire des Rencontres un lieu où artistes consacrés et talents émergents peuvent cohabiter.

« Des mondes à relire » porte ainsi bien son nom. Cette édition ne propose pas une seule manière de regarder notre époque, mais une multitude de récits, de mémoires et de points de vue que la photographie permet de confronter.

Focus sur la programmation – notre sélection 2026

À quelques jours de notre visite, nous avons parcouru la programmation de cette 57ᵉ édition et retenu dix expositions qui éveillent particulièrement notre curiosité. Grands noms de la photographie, jeunes talents, récits historiques et regards contemporains composent une sélection volontairement diversifiée.

Des regards qui ont marqué la photographie

William Klein, avec This Way to Heaven [Par ici le paradis], ouvre naturellement cette sélection. Figure majeure de la photographie, il a profondément bousculé les codes de l’image et influencé plusieurs générations. L’exposition révèle aussi une facette plus politique de son œuvre, celle d’un artiste qui n’a cessé de questionner le pouvoir des images, des médias et de la société de consommation. À ses côtés, Ming Smith propose avec Lueur nomade une écriture plus sensible et poétique, tandis que Harry Gruyaert, dans A Sense of Place [Le sens du lieu], fait de la couleur, de la lumière et des atmosphères une véritable signature.

Avec sa Rétrospective, Alain Keler nous entraîne sur un autre terrain, celui du témoignage. Plusieurs décennies de photographie documentaire retracent un parcours marqué par les conflits, les déplacements de populations et les traces laissées par l’Histoire.

Photographier l’Histoire et les mémoires

Cette question de la mémoire traverse plusieurs propositions de l’édition 2026. Ghana ! Rêver l’indépendance 1957–1976 revient sur les années qui suivent l’indépendance du pays et sur la construction de son identité par l’image.

Avec Paysage prisme, une traversée katangaise, Sammy Baloji fait dialoguer archives, histoire familiale et mémoire du Congo. Katia Kameli, dans Le Roman algérien (Un nouveau chapitre), interroge quant à elle la mémoire collective algérienne. Trois propositions qui donnent tout son sens à cette invitation à « relire » les récits et les images.

D’autres façons de regarder

La programmation sait aussi emprunter des chemins moins attendus. Modèle animal – 200 ans de photographie explore deux siècles de représentation animale et l’évolution de notre rapport au vivant.

Avec Soul of the City [L’âme de la ville], Martine Barrat place l’humain au centre de son travail. Des quartiers populaires de Paris à Harlem et au Bronx, sa photographie se construit dans la proximité avec celles et ceux qu’elle rencontre.

Enfin, le Prix Découverte Fondation Louis Roederer 2026 ouvre la porte aux nouvelles générations. Sept artistes émergents sont réunis cette année, parmi lesquels Magali Paulin, prix du jury pour Matières, fantômes, et Mallory Lowe Mpoka, prix du public pour Cosmologie des héritières. Une belle manière de terminer cette sélection en regardant vers la photographie de demain.

Les Rencontres en famille

La photographie se découvre aussi dès l’enfance. L’édition 2026 accorde une place aux plus jeunes avec des propositions qui invitent à observer, expérimenter et comprendre l’image tout en conservant une approche ludique.

R comme Regarder — Le livre photo jeunesse

Présentée à l’Espace Van Gogh, l’exposition rassemble une centaine de livres photographiques pour la jeunesse, des années 1930 à aujourd’hui. Des ouvrages peuvent être consultés sur place et le parcours comporte des expériences interactives pensées aussi bien pour les enfants que pour les adultes. Une jolie façon de découvrir comment se construit le regard dès l’enfance.

Les ateliers jeune public — de 6 à 12 ans

Ici, les enfants ne sont plus seulement spectateurs. Cinq ateliers différents leur permettent d’expérimenter la photographie, accompagnés par un médiateur ou une médiatrice. Chaque séance comprend également la découverte d’une exposition. Ils sont proposés du lundi au vendredi, jusqu’au 21 août, de 14 h 30 à 17 h 30, à la Cour Fanton.

Bon à savoir

L’accès aux expositions des Rencontres est gratuit pour les moins de 18 ans. Les ateliers jeune public destinés aux 6–12 ans sont proposés à 18 € par enfant.

D’une exposition à l’autre, le parcours se poursuit dans les ruelles d’Arles, à la découverte de son patrimoine et de cette ambiance provençale qui lui est si particulière.

Plus de cinquante ans après leur création, les Rencontres continuent ainsi de faire dialoguer les grands noms de la photographie avec les regards de demain, tout en invitant chacun à questionner sa manière de voir le monde. C’est aussi toute la richesse des Rencontres de la photographie d’Arles, devenues au fil des décennies un rendez-vous incontournable des étés en Provence.

Béatrice Stopin

Photographies © Béatrice Stopin