Serge Bagdassarian et Danièle Lebrun de la Comédie-Française au musée d'Orsay

De Monet à Zola, la Comédie-Française fait entendre le XIXᵉ siècle au musée d’Orsay

Serge Bagdassarian et Danièle Lebrun de la Comédie-Française au musée d'Orsay

La-chronique.fr – 25 Septembre 2026

Faire entrer la Comédie-Française au musée d’Orsay n’a finalement rien d’incongru. Les œuvres accrochées aux murs racontent déjà ce XIXᵉ siècle dont le théâtre et la littérature furent parmi les observateurs les plus attentifs. Il suffisait peut-être de leur rendre la parole. Entre octobre 2026 et février 2027, les deux institutions se retrouvent autour de Claude Monet et d’Émile Zola, avec Didier Sandre puis quatre comédiennes de la Troupe, accompagnés au piano par Claire-Marie Le Guay.

Le musée d’Orsay possède cette particularité de donner à voir une époque qui semble n’avoir jamais cessé de nous être familière et ses peintures en ont fixé les paysages, les corps, les loisirs, les transformations urbaines et les bouleversements artistiques, tandis que les écrivains et le théâtre en racontaient les passions, les contradictions et les fractures sociales. En invitant la Comédie-Française dans son auditorium, le musée ne cherche donc pas simplement à juxtaposer les disciplines : il fait circuler la parole entre les œuvres, les textes et la scène.

Cinq rendez-vous sont ainsi programmés entre le 10 octobre 2026 et le 4 février 2027. Claude Monet ouvre ce dialogue par sa correspondance ; Émile Zola lui succédera en janvier avec Nana, rendu à une forme de feuilleton qui redonne au roman le temps, le suspense et l’attente dont nos habitudes de lecture nous ont quelque peu éloignés.

Monet derrière Monet

Le premier rendez-vous aura lieu le 10 octobre. À l’occasion du centenaire de la disparition de Claude Monet, Didier Sandre, sociétaire de la Comédie-Française, lira des extraits de la correspondance du peintre ainsi que des textes de ses contemporains, accompagné au piano par Claire-Marie Le Guay.

Monet appartient à ces artistes dont l’œuvre est devenue si familière qu’elle finit parfois par masquer l’homme. Giverny, les meules, les cathédrales, les jardins et bien sûr les Nymphéas composent un imaginaire immédiatement identifiable, mais disent finalement assez peu de celui qui les a peints. Ses lettres ouvrent un autre chemin sur lequel on rencontre ses enthousiasmes et ses inquiétudes, ses relations avec le monde artistique, ses convictions et les préoccupations quotidiennes d’un homme traversant une période de profondes transformations esthétiques et politiques.

La lecture accompagne la publication, annoncée en octobre, des Lettres de Monet, un important volume réunissant plus de quatre cents lettres choisies. Elle s’inscrit également dans une programmation beaucoup plus vaste organisée par le musée d’Orsay et le musée de l’Orangerie autour du centenaire de la mort du peintre.

La soirée du 10 octobre affiche désormais complet, signe sans doute de l’intérêt suscité par cette manière de retrouver Monet autrement que devant ses tableaux.

Nana , une histoire que l’on devra attendre

Avec Zola, le projet prend en janvier une forme encore différente et, à bien des égards, plus singulière car Nana ne sera pas condensé dans une lecture unique, le roman retrouvera quelque chose du feuilleton et, avec lui, une temporalité devenue presque étrangère à nos habitudes contemporaines : il faudra revenir.

Le 14 janvier, Aymeline Alix ouvrira le cycle. Adeline d’Hermy prendra le relais le 21 janvier, Sylvia Bergé le 28 janvier, avant que Danièle Lebrun n’en donne le dernier épisode le 4 février. Claire-Marie Le Guay accompagnera chacune de ces quatre soirées au piano.

Ce choix n’a rien d’un simple artifice. Il replace le texte dans cette culture du récit au long cours qui fut celle du XIXᵉ siècle, lorsque l’on attendait la suite d’une histoire et que l’intervalle entre deux épisodes participait lui-même du plaisir de la lecture. Nana s’y prête admirablement. Le roman avance par mouvements successifs, faisant surgir derrière l’ascension de son héroïne tout un monde de désir, d’argent, de spectacle, d’ambition et de pouvoir.

Passer de la page à la voix modifie également notre rapport au texte. L’ironie de Zola, son sens du rythme et des ruptures, la présence physique de ses personnages peuvent retrouver dans la bouche des comédiennes une dimension que la lecture silencieuse laisse parfois dans l’ombre. Le piano ajoute une autre respiration sans transformer pour autant le roman en spectacle au sens traditionnel du terme.

De Degas à Zola, le théâtre comme trait d’union

La rencontre entre Orsay et la Comédie-Française possède d’ailleurs une cohérence plus profonde qu’il n’y paraît et les lectures de Nana dessinent un lien avec L’École de danse, mis en scène par Clément Hervieu-Léger à la Comédie-Française. L’esthétique de ce spectacle puise notamment dans l’univers pictural de Degas, tandis que les descriptions du théâtre de l’époque chez Zola ont accompagné le travail préparatoire du metteur en scène.

Le rapprochement devient alors particulièrement fécond. Degas regarde les danseuses, leurs gestes, leur travail et les coulisses ; Zola observe les théâtres, leurs publics et la société qui s’y montre ; la Comédie-Française remet aujourd’hui ces textes en circulation au milieu même des œuvres qui leur sont contemporaines. Il ne s’agit plus seulement de convoquer le XIXᵉ siècle comme un décor historique, mais de faire apparaître les correspondances qui existaient entre ses artistes. Peintres, écrivains, musiciens et gens de théâtre partageaient les mêmes villes, observaient souvent les mêmes milieux et, chacun avec son langage, tentaient de saisir un monde qui changeait.

Le musée peut aussi s’écouter

C’est probablement ce qui rend cette collaboration plus intéressante qu’une simple série de lectures prestigieuses. Depuis plusieurs années, les musées cherchent à faire vivre leurs collections autrement, en les confrontant à la musique, au spectacle vivant, à la littérature ou à la performance. Le risque existe toujours de fabriquer des rapprochements artificiels. Ici, la cohérence historique des œuvres et des textes évite largement cet écueil.

La voix de Didier Sandre ne remplacera évidemment pas les tableaux de Monet, pas plus que les comédiennes de la Comédie-Française ne remplaceront la lecture de Nana. Elles peuvent en revanche déplacer notre regard, ou plutôt notre écoute, en faisant entendre ce que les œuvres conservées au musée ne peuvent pas dire seules.

Entre Monet, Zola, Degas, le théâtre et la musique, le musée d’Orsay ne cherche donc pas tant à reconstituer le XIXᵉ siècle qu’à remettre en mouvement les dialogues qui l’ont traversé et, pendant quelques soirées, à lui rendre sa voix.

La rédaction

Crédit photo : © Musée d’Orsay / Laëtitia Striffling-Marcu

REPÈRES
LE MUSÉE D’ORSAY INVITE LA COMÉDIE-FRANÇAISE
Lieu
: auditorium du musée d’Orsay, Paris
Cycle : du 10 octobre 2026 au 4 février 2027
MONET EN TOUTES LETTRES…
Date
: Samedi 10 octobre 2026 – 19 h
Lecture : Didier Sandre, sociétaire de la Comédie-Française
Piano : Claire-Marie Le Guay
NANA DE ZOLA, LE FEUILLETON…
Date
: Jeudi 14 janvier 2027 – Aymeline Alix
Date : Jeudi 21 janvier 2027 – Adeline d’Hermy
Date : Jeudi 28 janvier 2027 – Sylvia Bergé
Date : Jeudi 4 février 2027 – Danièle Lebrun
Horaire : 19 h
Piano : Claire-Marie Le Guay
Tarifs annoncés : plein tarif 28 € ; adhérent 21 € ; 12-25 ans 11 € ; moins de 12 ans et tarif solidarité 8 €. Pour l’achat simultané des quatre séances de Nana, tarif cycle : 20 € par billet.
Réservations : musée d’Orsay.

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