
La-chronique.fr – 11 Octobre 2026
Exposition Andy Warhol. – La ligne et l’image – Jusqu’au 10 janvier 2027 au Musée du Luxembourg
À l’instar d’un Pablo Picasso, Andrew Warhola, se passionne très tôt pour le dessin.
Né en 1928 à Pittsburgh, en Pennsylvanie, à l’ombre des aciéries. Fils d’immigrés originaires de l’actuelle Slovaquie, catholiques, il n’aura de cesse de devenir célèbre. Très jeune d’ailleurs il collectionne les photos de stars. Obsédé-entre autre- par sa propre image.
Image. Le mot est dit. Écrit. Tracé devrait-on peut-être dire. Elle sera la ligne de toute sa production artistique. « Je ne lis jamais. Je regarde seulement les images » se plaisait-il à préciser.
« La ligne et l’image » est le titre de cette exposition préparée par Alain Cueff, commissaire de l’exposition qui ne doute pas, par ailleurs, que de nouvelles explorations de l’œuvre de Warhol, à l’occasion du centenaire de sa naissance, permettent aussi quelques découvertes inédites.
Si le premier autoportrait daté de 1942 résonne tout de suite et avant toute chose comme l’un des premiers dessins il est aussi le signe avant coureur de ce long et fructueux parcours. Jusqu’aux dessins de 1985, 1986 tel celui de la cène. Un an avant sa mort le 22 février 1987.
Certes la célèbre assertion de Warhol affirmant qu’il voulait être une machine confère à ses productions en séries un aspect mécanique. Mais il reste néanmoins que le dessin, sous des formes différentes, reste bien présent de bout en bout. De la jeunesse jusqu’aux derniers travaux. Mêlant de multiples techniques et supports largement représentés ici.
Alain Cueff parle de la « tentation d’élever un véritable rempart entre le dessin et la peinture de Warhol, en ne considérant le premier que comme la survivance presque accidentelle de son apprentissage. » Puis il précise que néanmoins « les deux coexistent à différents moments de sa vie, et jusqu’à un certain point sont le miroir l’un de l’autre. » L’exposition permet précisément de découvrir « comment le dessin warholien est simultanément autonome et relatif au choix du procédé mécanique. »
Plutôt qu’un traditionnel parcours chronologique, Alain Cueff a préféré organiser l’exposition en cinq thématiques regroupant quelques 150 dessins, une dizaine de peintures, quelques sérigraphies et photographies ainsi que des documents d’archives dans une scénographie de Véronique Dollfus.
Ainsi « Excentricités, lieux communs. » ouvre le chemin. En 1949, arrivé à New York, Warhol devient dessinateur publicitaire et collabore très vite à de nombreux et célèbres magazines. Ses images fantaisistes veulent être avant tout immédiatement lisibles. Il s’agit d’ores et déjà de forger sa célébrité. Singes ou anges côtoient ici les premières boîtes de soupe. Ou encore quelques beaux portraits de chats. Ou encore quelques dollars …
« Abécédaires et b.a.-ba. » Second thème autour de l’écriture manuscrite. La sienne. Et aussi celle de sa mère. Très présente dans cette production des années cinquante. Tout comme elle l’est dans sa vie. Écriture maternelle très graphique où chaque lettre semble contenir sa propre particularité. Sa propre histoire. Lettrage de Julia Warhola qui orne un charmant petit paravent ou dollars omniprésents l’écriture se définit comme un avant propos du dessin. La lettre et le signe se répondent. Ainsi les « Rorschach », un art de la tache où la symétrie révèle les images. À interpréter… ou pas !
« Visages et masques » une section où le portrait et l’autoportrait prennent bien sûr toute leur dimension. Marilyn ou Mao côtoient ici Joan Crawford ou Ginger Rogers dessins antérieurs d’une dizaine d’années. Quelques anonymes aussi. Le portrait reconstruit et démultiplié par Warhol. À voir au-delà d’eux-même. Profondément ambivalent comme l’image de Mao Tsé-Toung accompagné de son dessin préparatoire. Mao énigmatique, sublime et terrifiant à la fois. Portraits, autoportraits, fascination. La sienne. La nôtre. Visage des autres se confrontant ici à des autoportraits dont celui de 1978 noir et blanc de l’affiche. Rencontres riche de sens.
« Erotica » L’iconographie gay dessinée par Warhol est restée privée jusqu’aux années soixante-dix. Plusieurs élégants dessins au stylo bille pour illustrer ce pan de culture camp. James Dean aux côtés d’anonymes et de fragments de corps. Pieds ou torses. À noter également les extraits de films notamment de « Sleep ». Film de 1964, long montage de 5h21 du sommeil de John Giorno, poète et amant de Warhol. Et bien sûr d’inévitables self portraits dont quelques amusants fac-similés de Polaroïds en drag.
« Enfer et merveilles », dernier volet, provisoire sans doute, de cette exploration. L’obsession de la mort à laquelle Warhol échappe en juin 1968. Quand Valerie Solanas, une actrice frustrée tire sur lui à bout portant. La mort à laquelle il échappe l’obsède désormais. Madone à l’enfant, Jésus Christ et des Ombres.
L’ombre gigantesque d’Andy Warhol sur l’histoire de l’art. Warhol complexe et multiple comme son œuvre. Comme lui-même. Alors s’attarder le temps de cette visite, sur Warhol dessinateur serait peut-être approcher un Warhol plus discret. Plus intime.
Arthur Lefebvre
Crédit Photo : © Simon Lerat
REPÈRES DE L’EXPOSITION
Exposition : Andy Warhol. La ligne et l’image
Artiste : Andy Warhol (1928-1987)
Commissariat : Alain Cueff
Scénographie : Véronique Dollfus
Œuvres présentées : Environ 150 dessins, une dizaine de peintures, des sérigraphies, photographies et documents d’archives
Dates : Jusqu’au 10 janvier 2027
Lieu : Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, 75006 Paris
Site officiel : https://museeduluxembourg.fr/fr




